Les collections de films du Forum des images

Parcours

Paris vu par le cinéma fantastique
P167
La jetée de Chris Marker
collection Paris Île-de-France
Un parcours pour découvrir la capitale comme une cité fantastique, effrayante ou envoûtante, ou bien telle qu’elle aurait pu être ou tel qu’elle sera dans un futur imaginé par le cinéma.


Qu'est ce que le fantastique ?
Qu’est-ce que le fantastique ? Comment le reconnaître ? Comment le définir ? Souvent, on appelle cinéma fantastique un ensemble de genres qui sont très différents les uns des autres : le film d'horreur, l'héroïc fantasy, la science-fiction, le gore, le film catastrophe. Pierre Tchernia, dans 80 grands succès du cinéma fantastique explique que cette étiquette plutôt floue recouvre en fait six grandes catégories :

  • le fantastique : on peut parler de fantastique, lorsque dans le monde du réel, on se trouve en présence de phénomènes incompatibles avec les lois dites naturelles. De tradition souvent folkorique, il met en scène des créatures de légende (Dracula, loup-garou), des morts-vivants, des fantômes, des sorcières, le Diable, des maisons hantées, des miracles… Mais c’est aussi Paris qui dort (1923) de René Clair ou Paris n’existe pas (1968) de Robert Benayoun.

  • la science-fiction : on peut parler de science-fiction lorsque, dans un monde réel, il y a intervention de l'homme dans le processus de phénomènes incompatibles avec les lois dites naturelles. Cela va de Métropolis à La guerre des étoiles, de Frankenstein à L’homme invisible. Ou si l'on cite deux films très parisiens : Peut-être (1999) de Cédric Klapisch et Renaissance (2006) de Christian Volckman.

  • l’ anticipation : on peut parler d'anticipation lorsque, dans un monde futur du réel, on se trouve en présence de phénomènes compatibles avec les lois dites naturelles. C'est le cas d'Alphaville (1965) de Jean-Luc Godard.

  • l’ insolite : on peut parler d'insolite, lorsque, dans un monde du réel, on se trouve en présence de phénomènes inhabituels, mais compatibles avec les lois dites naturelles. On peut y ranger Freaks, La nuit du chasseur ou Elephant man. Ce sont aussi tous les films de Luis Bunuel, Raoul Ruiz ou bien encore Jacques Rivette.

  • l’ épouvante : on peut parler d'épouvante lorsque, dans le monde du réel ou de l'imaginaire, on se trouve en présence de phénomènes qui tendent à susciter chez le spectateur certaines réactions psychiques ou viscérales dans le registre de la peur. Cela va de Massacre à la tronçonneuse à Psychose ou Répulsion. Deux films parisiens d’épouvante ont marqué les esprits, réalisés à la même époque : Les yeux sans visage de Georges Franju et Les diaboliques (1954) de Henri-Georges Clouzot.

  • le merveilleux : c'est celui des contes de fées (La Belle et la Bête) et de la mythologie (Jason et les Argonautes), de l'onirisme (Alice au pays des merveilles) ou du dessin animé. On peut parler de merveilleux lorsque, dans le monde de l'imaginaire, on se trouve en présence de phénomènes incompatibles avec les lois dites naturelles. Les films des surréalistes, par exemple, peuvent être classés dans cette catégorie.


Les années 1895-1929 : le cinéma muet et le fantastique
Georges Méliès
Méliès ou le magicien de Montreuil-sous-Bois de Jean-Christophe Averty
Si les débuts du cinéma datent de 1895, le premier film dit fantastique ne fut réalisé qu'en 1902 : Le voyage dans la lune de Georges Méliès, on peut en voir un extrait dans Méliès ou le magicien de Montreuil-sous-Bois de Jean-Christophe Averty). Précurseur en matière d'effets spéciaux, Georges Méliès réalise ce film avec des effets en trompe-l'œil, expérimentant toutes sortes de techniques empruntées au monde des illusionnistes. On peut rappeler que le premier trucage découvert par le réalisateur se fit sur un film parisien : lors d'un tournage, alors qu'il filmait la place de l'Opéra, sa caméra se bloque. Après l'avoir réparé, il continue à tourner. Lors de la projection, il découvre que les hommes se sont transformés en femmes et l'omnibus en corbillard !


Louis Feuillade
Les vampires de Louis Feuillade
De 1914 à 1918, la ville se couvre d'une ombre maléfique. Elle glisse sur les toits, étrangle et tue. Louis Feuillade réalise Les vampires (10 épisodes) qui met en scène l'actrice Musidora dans un maillot de corps noir et cachée par une cagoule, donnant à voir un Paris cauchemardesque. En 1996, Olivier Assayas rendra hommage au film dans Irma Vep, revêtant Maggie Cheung d’une combinaison de latex semblable à celle jadis portée par Musidora. Louis Feuillade est également l’auteur de Fantômas (5 épisodes), celui que l’on nomme encore "le tortionnaire, l’empereur du crime : l’insaisissable Fantômas", et de Judex (12 épisodes), un redresseur de torts drapé d’une cape interprété par René Cresté. Deux séries qui inspireront Georges Franju : en 1963, lorsqu’il réalise Judex, retrouvant toute la magie des feuilletons du début du cinéma ; puis en 1974, il actualise à sa façon l'univers de Fantômas, dans Nuits rouges.


René Clair
Paris qui dort de René Clair
L’aspiration au merveilleux et à l’étrange de Louis Feuillade lui vaudra l’admiration des surréalistes. Parmi eux, René Clair, dans toute son œuvre muette, recourt à un merveilleux qui jette sur Paris un sortilège : c'est déjà vrai dans Entr'acte (1924) et dans Le fantôme du Moulin rouge (1924), et c'est le thème central de Paris qui dort, où la capitale, immobilisée par un rayon maléfique, est vouée au bon plaisir de quelques personnages repliés en haut de la tour Eiffel. Belle métaphore d'une cité pétrifiée par la Grande Guerre et que le cinéma seul va pouvoir remettre en marche…


Jean Epstein
La glace à trois faces de Jean Epstein
Comme le surréalisme est largement influencé par l'inconscient, de nombreuses réalisations proposent une porte d'entrée dans un royaume imaginaire. Parmi elles, on peut citer un film parisien de Jean Epstein, La glace à trois faces (1927). Cette adaptation cinématographique d'une nouvelle de Paul Morand a marqué le cinéma français d'avant-garde des années 1920 par ses recherches visuelles.


L'un des tout premiers films de science-fiction français
La cité foudroyée (1924) de Luitz-Morat est un film peu connu et rare, adapté d'une nouvelle de Jean-Louis Bouquet : La fantastique destruction de la capitale. Ce film-catastrophe est riche en trucages ingénieux.


Belphégor
En 1926, un insaisissable fantôme meurtrier et maléfique qui hante le Louvre tient les Parisiens en haleine : il s’agit du Belphégor d’Henri Desfontaines, adaptation muette en quatre parties du roman d'Arthur Bernède. En 1965, Belphégor ou le fantôme du Louvre devient une série télévisée française en quatre épisodes, en noir et blanc, adaptée par Jacques Armand, avec Juliette Gréco, Yves Rénier et François Chaumette. C’est cette dernière série qui a inspiré la version moderne de Jean-Paul Salomé avec Sophie Marceau, tournée en 2001 (Belphégor, le fantôme du Louvre).


Le fantôme de l’Opéra
Le fantôme de l'Opéra de Rupert Julian
Les mystères de la capitale inspirent également les Américains qui proposeront la première version cinématographique du roman de Gaston Leroux : Le fantôme de l’Opéra (1925) de Rupert Julian avec l’incroyable Lon Chaney, devenu un des chefs-d'oeuvre du cinéma fantastique muet. Ce mystérieux personnage inventé par Gaston Leroux en 1910 inspirera plusieurs autres versions. Citons Le fantôme de l’Opéra de Tony Richardson ou Le fantôme de l’Opéra de Dario Argento.


Les années 1930-1940 : l’âge d’or
Après cette période incarnée par les grandes œuvres de Louis Feuillade, puis par celles des surréalistes, les plus grands cinéastes français s’essayent au genre durant un "âge d'or" que l'on peut observer sur une vingtaine d'années.


Jean Cocteau
Le sang d'un poète de Jean Cocteau
Les années 1930 donnent le jour au film surréaliste de Jean Cocteau, Le sang d'un poète, sur le mystère de la création artistique et des songes douloureux qui habitent l'esprit du poète.


Marcel l’Herbier
Il tourne en 1941 La nuit fantastique, un film onirique, typique du cinéma français de l'Occupation. Le titre original souhaité par l’auteur était Le tombeau de Méliès, le film étant un hommage au précurseur, le personnage du père de la jeune fille qui est magicien.


Le réalisme poétique
Impasse des deux anges de Maurice Tourneur
Suivront dans les années 1940 des films parisiens fantastiques dominés par le réalisme poétique, comme Les portes de la nuit de Marcel Carné ou Impasse des deux anges de Maurice Tourneur, qui tournera néanmoins l'essentiel de sa production fantastique aux Etats-Unis. Et bien sûr Georges Franju, dont les longs métrages tendent volontiers vers le fantastique et le merveilleux, qui réalise en 1959 un chef-d’œuvre du cinéma fantastique français : Les yeux sans visage, film d’épouvante au rythme envoûtant et à la poésie étrange.


Henri-Georges Clouzot
Les diaboliques de Henri-Georges Clouzot
Les années 1950 sont marquées par un autre chef-d’œuvre du cinéma fantastique : Les diaboliques (1955) de Henri-Georges Clouzot, tiré d'un roman de Boileau-Narcejac. Plus qu'un policier, c'est incontestablement l'un des premiers films d'épouvante français.


The murders in the rue Morgue
Aux Etats-Unis, les studios Universal adaptent une nouvelle d'Edgar Poe : Double assassinat dans la rue Morgue (1932) de Robert Florey avec Bela Lugosi, célèbre acteur de films fantastiques américains. Un film marqué par l'influence de l'expressionnisme allemand. Dans les années 1950, il y aura un remake en couleur, Le fantôme de la rue Morgue (1954) de Roy Del Ruth.


Les années 1950-1960 : les débuts de la science-fiction
Jean Renoir
Le testament du docteur Cordelier de Jean Renoir
Si Jean Renoir s’est essayé au fantastique à ses débuts (avec La fille de l’eau en 1924 et La petite marchande d’allumettes en 1928 qui ne sont pas des films parisiens ), c’est la télévision qui lui permet de réaliser son chef-d’œuvre avec Le testament du docteur Cordelier (1959), adapté du livre de Robert Louis Stevenson, L’étrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde, avec un Jean-Louis Barrault époustouflant. Tout en sobriété, le film de Renoir est très éloigné des adaptations de Rouben Mamoulian (1931) et de Victor Fleming (1941).


Orson Welles
Orson Welles, quant à lui, transforme la gare d'Orsay pour en faire le théâtre d'un Procès kafkaïen en 1962. Le film est une transposition moderne de l’œuvre littéraire de Franz Kafka. "Je voulais peindre un cauchemar très actuel : un film sur la police, la bureaucratie, la puissance totalitaire de l’appareil, l’oppression de l’individu dans la société" (Orson Welles, conférence de presse de 1962). Au cinéma, il faudra attendre les années 1950 pour que la science-fiction soit vraiment exploitée. En France, deux films marquent le début des années 1960 : La jetée de Chris Marker et Alphaville de Jean-Luc Godard.


Chris Marker
La jetée de Chris Marker
La jetée est un film expérimental de science-fiction de Chris Marker, sorti en 1962. L'histoire débute à Paris, après la troisième guerre mondiale et la destruction nucléaire de toute la surface de la terre. Le héros est le cobaye de scientifiques qui cherchent à rétablir un corridor temporel afin de permettre aux hommes du futur de changer d'époque.


Jean-Luc Godard
Alphaville, sorti en 1965, est entièrement tourné à Paris en décors naturels, sans autres artifices que des panneaux de signalisation, des façades d’immeuble, des néons aveuglants, la nuit, et la présence d’Eddie Constantine. C’est un film d’anticipation (l’action se déroule en 1984). Jean-Luc Godard plonge le célèbre agent secret Lemmy Caution dans un univers fasciste, régi par la logique, règne de la technologie où l’émotion est prohibée, donnant à voir les symptômes d’une déshumanisation à venir. Le film-fleuve expérimental A propos du monde (1998) de Pierre Chauvris s’inscrit dans la lignée.


Alain Jessua
La vie à l'envers d'Alain Jessua
Dans un tout autre genre, on peut citer le travail d’Alain Jessua. Il réalise son premier long métrage en 1963 : La vie à l'envers (1963) qui aborde le thème de l'angoisse devant la vie moderne.

En 1982, il offre à Patrick Dewaere un rôle à contre-emploi avec le personnage d'un homme heureux, guéri de ses angoisses : Paradis pour tous - dernier rôle de l'acteur.

En 1984, il réalise Frankenstein 90 (1984), inspiré du livre de Mary Shelley avec, dans le rôle de la créature, Eddy Mitchell.


Robert Benayoun
D’inspiration surréaliste, Paris n’existe pas de Robert Benayoun (1968) décrit les hallucinations d’un jeune peintre qui prend conscience de sa capacité à voyager dans le temps par la pensée. C’est un "film d'avant-garde, inclassable et pourtant précurseur des courants à venir" (extrait de Paris imaginaire).


Les années 1970 et 1980 : le détournement du décor
Alors que le cinéma fantastique et de science-fiction explose dans les salles parisiennes – pour mémoire, sortent Duel en 1971, L’exorciste en 1973, Les dents de la mer en 1975, Carrie en 1976, Alien en 1979, Rencontre du 3e type, La guerre des étoiles et Soleil vert en 1979, Shining en 1980, E.T. en 1982, etc. -, les Français proposent d’autres pistes de travail : garder un décor naturaliste en y implantant une trame inquiétante ou imaginaire.


Jacques Doillon et Claude Faraldo
L'an 01 de Jacques Doillon
Citons tout d’abord deux films célébrant l’utopie contestataire des années 1970 : L’an 01 (Jacques Doillon, 1972), faux reportage écrit par Gébé qui imagine les premiers mois d'une révolution douce , où seraient mis en cause le travail, le couple, l'école, l'armée, la propriété..., tandis que Themroc (Claude Faraldo, 1972) montre un quartier de Paris dont les habitants retournent à l’âge des cavernes, contestation de la société de consommation sur un ton moins explicatif que L’an 01.


Roman Polanski
Après Répulsion (1965), Le bal des vampires (1967) et Rosemary's baby (1968) qui ont fait de lui un maître du cinéma fantastique, Roman Polanski tourne à Paris Le locataire, en 1976, adapté d'un livre de Roland Topor. Il complète une trilogie qui comprend Rosemary's baby et Répulsion : trois villes (Londres, New York, Paris), trois appartements exigus ou hantés, emplis de sons étranges, une atmosphère étouffante, trois solitudes. Quelques années plus tard, dans Frantic (1988), Polanski plongera un Américain dans un cauchemar éveillé, au cœur d’un Paris labyrinthique.


Jacques Demy
En 1970, Jacques Demy tourne Peau d'âne, un conte de fée merveilleux. Concevant ses films à l'écart des modes, il réalise à Paris L’événement le plus important depuis que l’homme a marché sur la lune (1973) qui raconte la drôle d’histoire d’un homme enceint de quatre mois , sans doute victime de quelque mutation génétique, puis Parking (1985), conte fantastique moderne, inspiré du mythe d'Orphée et d'Eurydice. La comédie musicale ressuscitée par Jacques Martineau et Olivier Ducastel dans Jeanne et le garçon formidable (1998) rend un bel hommage à ce maître de la féerie en chanté .


Jacques Rivette
Céline et Julie vont en bateau
Le cinéaste a une conception paranoïaque et labyrinthique de la fiction, faite d'histoires à tiroirs, de jeux de pistes, qui débouche sur le fantastique. Céline et Julie vont en bateau (1973), Duelle (1975) et Le pont du Nord (1980) explorent un Paris mystérieux et poétique, véritable théâtre d'investigations, de filatures et d'affrontements surnaturels, qui évoque le charme du cinéma de Louis Feuillade.


Raoul Ruiz et Luis Bunuel
Généalogies d'un crime de Raoul Ruiz
Imprégnés de surréalisme, hantés par le surnaturel, Raoul Ruiz (L'éveillé du pont de l'Alma, et plus tard Trois vies et une seule mort, Généalogies d'un crime et La comédie de l'innocence), ou encore Luis Bunuel (Cet obscur objet du désir, Le charme discret de la bourgeoisie), appartiennent à cette veine de réalisateurs qui travaillent à la frontière du réel et de l'imaginaire, exploitant les lieux du quotidien pour partir dans le fantasme. "Ce détournement du décor parisien est aussi au cœur du travail de Marco Ferreri lorsqu'il tourne la bataille de Little Big Horn dans le trou des Halles (Touche pas à la femme blanche) ou de Bertrand Blier dans sa représentation des tours de La Défense (Buffet froid)" (extrait de Paris imaginaire ).


Christian de Chalonge
On peut citer aussi le travail de Christian de Chalonge, auteur d’un film fantastique étonnant, L'alliance (1970), avec Jean-Claude Carrière et Anna Karina : Hughes, vétérinaire, cherche une compagne ayant un vaste appartement pour ouvrir un cabinet. Une agence matrimoniale lui fait rencontrer Jeanne. Il l'épouse et s'installe dans son grand appartement labyrinthique. Le couple se met à s'épier, au milieu des animaux de plus en plus envahissants…


Beineix, Carax et Besson
Diva de J.-J. Beinex
"Dans les années 1980, souhaitant transformer la ville en lieu fantastique sans en altérer la réalité, des cinéastes comme Jean-Jacques Beinex (Diva), Léos Carax (Boy meets girl et Mauvais sang) et Luc Besson (Subway) ont coloré la capitale d'une esthétique formelle caractéristique de la décennie 1980-1990. Même si les lieux sont identifiables (le Pont-Neuf, le métro, les quais de Seine), leur traitement, influencé par le clip et la publicité, les rend improbables" (extrait de Paris imaginaire).


Les années 1990-2000 : le renouveau du cinéma de genre
Claire Denis et Arnaud Desplechin
S'en fout la mort de Claire Denis
Parmi la nouvelle génération de cinéastes qui apparaît au début des années 1990, c’est sans doute Claire Denis qui propose la vision la plus cauchemardesque de Paris avec S’en fout la mort (1990), J’ai pas sommeil (1994) et surtout Trouble every day (2001), distillant un climat feutré et fantastique à la fois.

Avec La sentinelle (1992), Arnaud Desplechin signe un film claustrophobe à l’univers étouffant. "La sentinelle est un objet cinématographique totalement original, dense, pas vraiment rond ni lisse, qui témoigne d'une conception neuve, forte, attachante d'un cinéma novateur." (Annie Coppermann dans Les échos).


Jean-Pierre Jeunet et Marc Caro
Dans un genre plus fantastique, deux Français démontrent qu'ils ont une vision décalée, déjà présente dans leurs courts métrages Le manège (1979), Le bunker de la dernière rafale (1980) et Pas de repos pour Billy Brakko (1983). Développant un univers entre onirisme et fantastique avec un penchant nostalgique pour le réalisme poétique français des années 1930-1940, Delicatessen (1991), leur premier long métrage, est un succès, aussi bien critique que public. En 2000, Jean-Pierre Jeunet tourne Le fabuleux destin d’Amélie Poulain avec Audrey Tautou et Mathieu Kassovitz, faisant surgir le féerique du quotidien - couleurs fantasmatiques, plans déformant la réalité, univers de cartoon.


Olivier Assayas
Dans la continuité d’Irma Vep, Olivier Assayas signe Demonlover en 2002. "Dramatiquement, Demonlover vient tout autant du cinéma que du roman-feuilleton. L’intrigue n’est pas si éloignée du roman fantastique ou du roman gothique du début du siècle. […] Pour moi, dit-il, le film est à la fois au présent et très légèrement au futur. J’ai tendance à dire que c’est un film fantastique au présent. C’est un film qui n’est pas totalement réaliste. En même temps, il ressemble à la façon dont le monde lui-même se rêve." (extrait d’une interview pour www.artelio.org).


Enki Bilal
Le genre onirique doit beaucoup aux adaptations littéraires et à la bande dessinée. Enki Bilal, dessinateur de BD et cinéaste, a fait de Paris le décor de la société dictatoriale de La trilogie Nikopol. Comme dans Tykho moon, son premier film (1997) : sur une "colonie-lune", on voit les signes identitaires parisiens - la Grande Arche de La Défense, le Sacré-Cœur, la tour Eiffel, etc. - d'une terrasse d'hôtel. "Il faut sortir Paris d'une vision fantastique exclusivement XIXe siècle , proche du gothique londonien. Elle a un potentiel qui excède largement cela" (Enki Bilal dans un cahier spécial de L'express consacré au Paris fantastique , juin 2004).


Christian Volckman
Renaissance de Christian Volckman
C’est ce que réussit également le film d’animation en noir et blanc Renaissance (2006). Le scénariste Alexandre de la Patellière explique : "Paris, comme décor principal et personnage du film, s'est immédiatement imposé. C'était un défi pour nous tous de créer un Paris fantasmé qui soit aussi fort que le Los Angeles de Blade Runner. Intégrer la technologie dans les hôtels particuliers du XVIIIe siècle, réfléchir à la circulation automobile dans une mégapole du futur tout en prenant en compte l'urbanisme issu d'Haussmann et d'un siècle de modernisation." Le cinéaste Christian Volckman va plus loin : "Mettre de côté sa dimension romantique pour faire remonter son aspect plus sombre et détourner ses aspects les plus célèbres comme Montmartre, la tour Eiffel ou Notre-Dame, pour décrire ce que risquerait de devenir Paris : une ville-musée fière de son passé et de son héritage, mais aussi une ville étouffante où l'on se mélange de moins en moins..." (extrait d’une interview dans Ecran noir).


L'explosion de films spectaculaires
Il semble que, depuis quelques années, la France assiste à l’explosion de films de genre spectaculaires et grand public. Le sable engorge les rues de Paris jusqu’aux pieds de la tour Eiffel dans Peut-être de Cédric Klapisch, unique vision fantastique du réalisateur. Vidocq, de Pitof, ex-spécialiste des effets spéciaux, notamment pour Jean-Pierre Jeunet, est un polar fantastique qui se déroule à la veille de la révolution de 1830 à Paris, tourné en numérique, et coscénarisé par Jean-Christophe Grangé, romancier d’histoires étranges et fantastiques. Antoine de Caunes, pour sa première réalisation, choisit l’univers policier fantastique de Tonino Benacquista, avec Les morsures de l’aube… "Les héritiers de Méliès continuent de bâtir Paris à la mesure de leur imagination" (N.T. Binh pour l’exposition Paris au cinéma , Mairie de Paris).


Filmographie
Les mystères de Notre-Dame
de Albert Capellani
1911, noir et blanc, 35min
de William Dieterle
1939, noir et blanc, 1h52min
de Jean Delannoy
1956, couleur, 1h59min
Un fantôme caché à l’Opéra et au Louvre
de Rupert Julian
1925, noir et blanc, 1h41min
Le fantôme de l’Opéra
de Tony Richardson
1990, couleur, 2h50min
Le fantôme de l’Opéra
de Dario Argento
1998, couleur, 1h43min
de Henri Desfontaines
fiction, 1926, muet, noir et blanc, 4h30min
Belphégor ou le fantôme du Louvre
de Claude Barma
avec Yves Renier
fiction, 1965, noir et blanc, 6h03min
Belphégor ou le fantôme du Louvre
de Jean-Paul Salomé
2001, couleur, 1h37min
Paris, capitale des fantômes ?
Le fantôme du Moulin-Rouge
de René Clair
1924, noir et blanc, 1h25min
Nuit d’or
de Serge Moati
1976, couleur, 1h19min
de Hugo Santiago
1985, noir et blanc, 2h20min
Et là-bas, quelle heure est-il ?
de Tsai Ming-Liang
2000, couleur, 1h55min
Fantômes
de Jean-Paul Civeyrac
avec Dina Ferreira
2000, couleur, 1h29min
de François Ozon
avec Charlotte Rampling
2000, couleur, 1h36min
Histoire de Marie et Julien
de André Téchiné
2002, couleur, 2h31min
La tour Eiffel fantastique et la tour Eiffel détruite
de René Clair
1923, muet, noir et blanc, 34min
de Luitz-Morat
1924, muet, noir et blanc, 1h10min
Superman II
de Richard Lester
1985, couleur, 2h02min
Société de contrôle
de Orson Welles
1962, noir et blanc, 1h53min
La jetée
de Chris Marker
1963, noir et blanc, 27min
de Jean-Luc Godard
1965, noir et blanc, 1h35min
de Pierre Chauvris
1998, couleur, noir et blanc, 3h26min
Surréalisme ou l’exploration du rêve et de l'irrationnel
de René Clair
1924, muet, noir et blanc, 20min
de Jean Cocteau
1930, noir et blanc, 48min
de Robert Benayoun
1968, couleur, 1h33min
de Luis Bunuel
1972, couleur, 1h37min
de Jacques Rivette
1974, couleur, 3h06min
de Luis Bunuel
1977, couleur, 1h40min
Un type bien
de Laurent Benegui
1990, couleur, 1h30min
de Otar Iosseliani
1999, couleur, 1h52min
Assassins démoniaques
Double assassinat dans la rue Morgue
de Robert Florey
1932, noir et blanc, 1h01min
Le fantôme de la rue Morgue
de Roy del Ruth
1954, couleur, 1h24min
de Henri-Georges Clouzot
1954, noir et blanc, 1h52min
Vidocq
de Pitof
2000, couleur, 1h40min
de Georges Franju
1974, couleur, 1h40min
Médecins fous
de Georges Franju
1959, noir et blanc, 1h28min
Le testament du docteur Cordelier
de Jean Renoir
1960, noir et blanc, 1h32min
Frankenstein 90
de Alain Jessua
1984, couleur, 1h29min
Magiciens
de Marcel L'Herbier
1941, noir et blanc, 1h27min
de Jacques Rivette
1976, couleur, 1h56min
Clementine tango
de Caroline Roboh
1981, couleur, 1h40min
de Claudine Bories
1988, couleur, 1h26min
de Ildiko Enyedi
1999, couleur, 1h31min
Les mystères de la mort
de Raoul Ruiz
1985, couleur, 1h13min
Parking
de Jacques Demy
1985, couleur, 1h31min
de Raoul Ruiz
avec Marcello Mastroianni
1995, couleur, 2h01min
Vampires et loups-garous
Un vampire au paradis
de Abdelkrim Bahloul
1991, couleur, 1h26min
Le loup-garou de Paris
de Anthony Waller
1997, couleur, 1h35min
Les morsures de l’aube
de Antoine de Caunes
2001, couleur, 1h35min
Quartier de la Madeleine, série Paris je t’aime
de Vincenzo Natali
2006, couleur, 10min
Visions du futur
Peut-être
de Cédric Klapisch
1999, couleur, 1h49min
Renaissance
de Christian Volckman
2006, noir et blanc, 1h35min
Quelques courts métrages fantastiques
de Jan Lenica
1971, couleur, 12min
de Dominique Noguez
1979, couleur, 11min
de Jean-Manuel Costa
1980, couleur, 10min
de Elisabeth Huppert
1981, couleur, 16min
de Eric Rochant
1986, couleur, 16min
de Bruno Mercier
1988, couleur, 8min
New rêve
de Karim Dridi
1989, couleur, 28min
Ulhoz
de Guy Jacques
1989, couleur, 12min
La boite jaune
de Olivier Esmein
1989, couleur, 5min36
de Olivier Roet
1993, couleur, 10min
de Didier Flamand
1993, noir et blanc, 20min
Space on earth
de Patrick Volve
2001, couleur, 3min47s
de Philippe Sisbane
2003, couleur, 40min
Bibliographie
80 grands succès du cinéma fantastique, Pierre Tchernia, 1988, Casterman
Les 100 chefs-d'oeuvre du film fantastique, Jean-Marc Bouineau et Alain Charlot, 1989, Marabout
Le fantastique, Daniel Couty, Bordas, 1989
Histoire du cinéma fantastique, Gérard Lenne, Seghers, 1989
Les films d'épouvante, Philippe Ross, J'ai lu cinéma, 1989
Le cinéma fantastique, Patrick Brion, De la Martinière, 1994
Merveilleux, fantastique et science-fiction à la télévision française, Jacques Baudou et Jean-Jacques Schleret, INA, 1995
Le fantastique, dossier réalisé par Axelle Sassoye, André Pint et Olivier Boulvin, Bruxelles, Confédération parascolaire, 1998
Ecoles, genres et mouvements au cinéma, Vincent Pinel, Larousse, 2000
Paris au cinéma, N.T. Binh et Franck Garbarz, Parigramme, 2003
En écho
Sur le site du Forum des images
Jean Cocteau

 

Le Paris de René Clair, par Noël Herpe

 

Le Paris de Marcel L'Herbier, par Mireille Beaulieu

 

Le Paris de Georges Méliès

 

Le surréalisme

 

Paris imaginaire

 

Paris clin d'oeil

 

La tour Eiffel

 

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