Les collections de films du Forum des images

Parcours

La tour Eiffel à l'écran
P174
La tour de René Clair
collection Paris Île-de-France
Au cinéma, la tour Eiffel est un indicateur simple et efficace du lieu de l'action. Presque tous les films ayant une ou plusieurs séquences dans Paris ont un plan de la tour Eiffel. Ceci dit, il paraît évident que l'on ne peut pas parler de tous ces films dans lesquels on trouve un plan de la tour Eiffel. Il semble plus juste de s'arrêter sur les films dans lesquels elle joue un rôle : elle n'y est plus seulement indicateur du lieu mais prend part à la narration et à la dramaturgie du film. Elle est présence active et pas seulement passive.


Une naissance concomitante
Le cinéma est "né" le 28 décembre 1895 avec la première projection publique d'un programme de cinématographe à Paris. La tour de Gustave Eiffel a vu officiellement le jour le 31 mars 1889 pour l'Exposition universelle. Mais les relations entre le cinéma et la dame de fer remontent bien à la même époque que la construction de cette dernière. C'est autour d'elle que les principaux inventeurs du cinéma se retrouvent lors de l'Exposition universelle : Etiennes-Jules Marey fait visiter l'Exposition à Thomas Edison et lui explique les principes de base de son chronophotographe qui serviront à Edison pour inventer le kinetograph et le kinetoscope (respectivement caméra et appareil de visionnage).

Durant l'Exposition, les Lumière, père et fils, qui ne s'intéressent pour le moment qu'à l'image fixe, obtiennent un Grand Prix pour leur invention de la plaque photographique instantanée au gélatino-bromure. Cette invention et ce Grand Prix leur permettent une expansion industrielle et le développement de leurs activités autour de la photographie. Ce qui les amène à l'image animée dès 1894 lors de l'apparition en France du kinetoscope d'Edison.

Le premier film sur la tour Eiffel remonte à 1897, lorsqu'un opérateur Lumière place sa caméra dans l'ascenseur. On y voit le palais du Trocadéro de l'époque dans un travelling ascendant considéré comme le premier de l'histoire du cinéma.

La deuxième rencontre entre le cinéma et la tour a lieu pendant l'Exposition universelle de 1900. Le cinématographe est inventé et plusieurs pavillons lui sont consacrés. Tout naturellement des caméras filment la tour Eiffel. Mais cette fois c'est uniquement parce que la tour est dans le champ, plus que par intérêt pour elle. C'est donc là que se dégagent les différences entre les films : ceux dans lesquels la tour tient un rôle de premier ordre et ceux où l'on voit juste la tour parce qu'elle se trouve dans le champ de la caméra.


L'homme et la tour
Voyage au centre de la tour de Jocelyne Lemaire Darnaud
Outre la vue Lumière de 1897 (Panorama pendant l'ascension de la tour Eiffel), de nombreux films s'arrêtent plus longuement sur l'édifice mettant l'accent sur ses différents aspects. En 1928, René Clair réalise un film à la gloire du monument tout simplement appelé La tour. Le réalisateur insiste sur sa structure métallique, son système de levage, filmant la tour sous tous les angles. C'est l'occasion de voir une vue montante un peu plus longue que dans le film Lumière, et surtout une vue descendante. Autre innovation, l'opérateur oriente sa caméra des deux côtés, on voit donc le palais du Trocadéro mais aussi le Champ de Mars.

Le documentaire de Nicole Védrès, Paris 1900, est intéressant à double titre pour ceux qui recherchent des informations sur la tour Eiffel. Premièrement parce qu'il évoque la querelle autour de la tour et son acceptation définitive à l'occasion de l'Exposition universelle de 1900 pendant laquelle des réceptions sont données au restaurant du premier étage. Deuxièmement parce que le film rappelle l'histoire de François Reichelt, l'homme volant. Celui-ci inaugure un nouveau rapport à la tour : celui de la compétition entre l'homme et elle. Reichelt était tailleur, il s'était confectionné un costume lui permettant de voler, croyait-il. Il s'écrasa depuis le premier étage devant les opérateurs venus assister à l'exploit, faisant un trou de quatorze centimètres de profondeur. L'histoire retiendra de lui, selon les mots de Pierre (Jean Dessailly) dans La peau douce de François Truffaut, qu'il fut "La première victime du cinéma, sans doute, car sans la présence des opérateurs venus filmer l'événement, l'homme aurait certainement renoncé à sauter".

Pour continuer dans cette veine des rapports de la tour à l'homme deux petits films constituent des documents essentiels : tous les deux sont réalisés par Daniel Maillot en 1984. Dans le premier, Sauts de la tour Eiffel, coréalisé avec Jean-Louis Normand, on voit un couple d'Anglais de vingt-trois ans qui saute du troisième étage à l'insu de la direction après avoir étudié minutieusement les meilleurs points de saut. Les deux protagonnistes sont interviewés après leur saut et nous parlent de leur préparation et de leurs émotions, en anglais. Le deuxième film, Vol sous la tour Eiffel, est plus impressionnant tant les sauts en parachute depuis la tour sont devenus courants : il s'agit du passage d'un petit avion de tourisme sous la tour Eiffel ! Cette prouesse serait inimaginable de nos jours ce qui rend ce film de deux minutes si précieux.

Un petit tour par la fiction et le film de Jean-Pierre Rawson Gros câlin dans lequel Jean Carmet tient des propos qui s'intègrent parfaitement dans cette thématique des rapports de l'Homme avec la tour Eiffel : "C'est horrible. Nous sommes petits, nous le savons, mais pourquoi nous le démontrer. Et puis moi je ne peux pas supporter d'être regardé de haut en bas". Il n'est pas question à proprement parler d'exploit sportif mais ils illustrent bien la position de l'Homme face à tant de gigantisme.

Plus récemment Angel A de Luc Besson met en scène un anti-héros aux prises avec ses créanciers dont un qui n'hésite pas à le suspendre dans le vide pour lui faire comprendre qu'il doit le payer avant le lendemain. Cet anti-héros, joué par Djamel Debouze, ne fait pas vraiment le poids face aux sbires du truand à qui il a emprunté. Et il est encore moins de taille à négocier quoi que ce soit face à la hauteur vertigineuse de la tour.

Enfin pour en revenir au documentaire pur, le film de Jocelyne Lemaire Darnaud Voyage au centre de la tour est l'occasion de passer une journée avec les techniciens qui y travaillent toute l'année. Les corps de métiers les plus divers y sont présents, de l'électricien au plombier en passant par le mécanicien, le serrurier, le peintre et le menuisier.

Avant de s'attaquer aux fictions un petit tour du côté du cinéma expérimental avec le film de Jay Rosenblatt Paris x 2 (lire "Paris multiplié par 2"). Ce film en anglais est un essai poétique sur Paris et sa représentation dans le cinéma américain notamment. Le réalisateur y parle des clichés hollywoodiens sur la capitale de l'amour au cinéma. La tour Eiffel y est présente par le biais de ses apparitions dans les productions américaines, de Ninotchka à Drôle de frimousse.


La tour héroïne de films
Paris qui dort de René Clair
Bien avant son documentaire sur la tour Eiffel, René Clair avait déjà réalisé un court métrage dans lequel elle tenait le premier rôle : Paris qui dort. Le gardien de nuit s'inquiète de ne voir personne au troisième étage alors qu'il est déjà dix heures. Il scrute Paris depuis son poste d'observation et se rend compte que rien ne bouge. Il décide donc de descendre et de comprendre ce qu'il se passe. Il se promène dans Paris qui semble pétrifié et rencontre un groupe de touristes. Ils les emmènent sur la tour où ils jouent aux cartes, flirtent, en toute insouciance, en une sorte de tableau bucolique. Dans ce film figure quelques uns des plus beaux plans de la tour Eiffel et de Paris.

Un autre film donne la part belle à la dame de fer. Quoi de plus normal puisqu'il s'agit d'un film anglais ? De l'or en barre, de Charles Crichton relate l'histoire d'un employé de banque, interprété par Alec Guiness, qui détourne de l'or. Il demande à son voisin qui fabrique des souvenirs pour le monde entier de fondre son or dans les moules qui lui servent à faire des tours Eiffel. Cet artifice leur permet de passer les douanes plus facilement mais une des caisses se retrouve en vente sur la tour. Nos deux compères se voient dans l'obligation de récupérer ces tours Eiffel auprès des jeunes filles qui les ont achetées. La poursuite commence, ils décident de prendre les escaliers en colimaçon afin de ne pas perdre de vue les acheteuses qui ont pris l'ascenseur. Leur arrivée sur le parvis est quelque peu titubante !


Un monument à escalader
Pour en revenir aux exploits humains, Alain Pol filme l'ascension de quatre alpinistes dans A l'assaut de la tour Eiffel. Répartis en deux cordées, Pierre Allain, Guy Poulet, Jacques Poincenot et René Ferlet partent à la conquête de ce sommet parisien. Le réalisateur, pour rendre son propos plus attrayant, met en scène cette ascension par une pseudo-poursuite avec un agent de police. Sous ce ressort comico-naïf le film offre de très belles vues de Paris grâce aux opérateurs répartis sur le trajet des alpinistes et grâce à un téléobjectif capable de filmer l'ascension depuis le sol.

Quelques années plus tard, une autre ascension restera célèbre dans la mémoire des jeunes cinéphiles : celle de Mimi-Siku, le petit Indien du film d'Hervé Palud, Un Indien dans la ville.


Pur moment de poésie...
Zazie dans le métro de Louis Malle
Si la tour inspire les aventuriers, elle inspire aussi les rêveurs et les poètes, à l'image de Philippe Noiret, l'oncle de Zazie dans le film de Louis Malle (Zazie dans le métro). Ils montent tous deux sur la tour par l'ascenseur, plein à craquer de touristes très bavards. Au premier étage Gabriel perd ses lunettes et commence à déclamer et à errer dans toute la tour. C'est l'occasion de montrer des vues de Paris et de croiser une faune insolite : un ours polaire, un gardien de phare et un scientifique étudiant le vent grâce à des ballons. Ballons qui servent à Gabriel pour descendre par la voie des airs alors que Zazie emprunte l'escalier en colimaçon en compagnie d'un ami de son oncle. Cette descente permet à Louis Malle de réaliser un très beau travelling qui s'accélère petit à petit. Parmi les autres évocations poétiques de la tour, Jean-Christophe Averty a réalisé pour la télévision une reconstitution des Mariés de la tour Eiffel, ballet de Jean Cocteau joué en 1921 au théâtre des Champs-Elysées.

Et puisque l'on parle de Jean Cocteau, il est temps d'évoquer le film d'animation de Jean Image, Bonjour Paris, réalisé en 1952 et à propos duquel le poète a dit qu'il montrait "ce qui arrive lorsque qu'une carcasse de fer a des idées et des fourmis dans les jambes". Le fils de monsieur Eiffel, se sentant seul et orphelin, décide de faire le tour du monde et part à la rencontre de la statue de la liberté, de Big Ben, de la tour de Pise et des grandes pyramides.

Dès 1910, Emile Cohl avait réalisé un film d'animation dans lequel apparaissait la tour Eiffel, Les beaux-arts mystérieux. Dans ce film, l'animateur recréait des monuments de Paris et les superposait aux originaux photographiés auparavant.

Un autre film d'animation, Le voyage de Badabou de Henri Gruel en 1955, évoque brièvement la tour lorsque Badabou et ses amis (un lion, un singe et un canard) s'envolent du dernier étage avec des ballons alors que les policiers, lancés à leur poursuite à cause du désordre qu'ils causent dans Paris, tombent dans la Seine. De quoi relativiser la performance de James Bond dans A view to a kill de John Glen dont on reparlera.


Les films catastrophes et les super-productions
La cité foudroyée de Luitz-Morat
Tout commence en 1924 lorsque Luitz-Morat réalise La cité foudroyée dans lequel la tour est prise pour cible par un savant. Il menace de déchaîner la foudre sur cet immense paratonnerre et de détruire la capitale si le conseil municipal ne lui paye pas une rançon.

A partir de ce film et partant de la formule Paris = tour Eiffel de nombreux films d'action américains ou français prendront la tour pour décor, voire directement pour cible. Encore une fois laissons de côté les films catastrophes dans lesquels ne figure qu'un plan de la tour en flamme tels Independance Day (1996), Mars Attacks (1996), ou Armageddon (1998). Ces plans très rapides ne sont là que pour nous rappeler que la destruction est planétaire. D'autres films, en revanche, s'intéressent effectivement à la tour et s'en prennent à elle. Ainsi, en 1930, Abel Gance dans La fin du monde imagine qu'un météorite va s'écraser sur la Terre. Il en profite donc pour détruire Paris et son plus emblême. Quelques années plus tard, Superman, dans sa deuxième aventure à l'écran, sauve la capitale française et la tour. Il intercepte l'ascenseur dans lequel des preneurs d'otages avait placé une bombe à hydrogène et l'envoie dans l'espace.

James Bond a toujours eu des relations difficiles avec les femmes de caractère. Alors qu'il déjeune au restaurant du premier étage en compagnie de l'inspecteur Aubergine, celui-ci se fait assassiner. L'agent britannique saute sur un bateau qui passe sur la Seine à la poursuite de l'assassin... La performance est intéressante étant donné que la tour Eiffel est loin de se trouver au dessus de la Seine. Mais que serait James Bond sans ses incohérences humoristiques ?


Filmographie
Cette filmographie reprend l'ensemble des films cités dans ce parcours thématique évoquant la capitale, ainsi que d'autres films complémentaires sur le même sujet.


Documentaires
opérateur inconnu
documentaire, muet, noir et blanc, 47s
Images de l'Exposition 1900
de Georges Méliès
documentaire, 1905, muet, noir et blanc
La tour
de René Clair
documentaire, 1928, muet, noir et blanc, 10min
Paris 1900, Chronique de 1900 à 1914
de Nicole Védrès
documentaire, 1948, noir et blanc, 1h19min
Monsieur Eiffel et sa tour, série Chroniques de France
de Georges Franju
documentaire, 1965, noir et blanc, 7min
Paris jamais vu
de Albert Lamorisse
documentaire, 1967, couleur, 20min
de Jean-Louis Normand et Daniel Maillot
documentaire, 1984, couleur, 12min
de Daniel Maillot
documentaire, 1984, couleur, 2min43s
Le tailleur autrichien
de Pablo Lopez Paredes
fiction, 1995, couleur, 12min
de Jocelyne Lemaire Darnaud
documentaire, 1998, couleur, 56min
Films expérimentaux
de Jay Rosenblatt
fiction, 1988, couleur, 25min
de Janet Merewether
1993, noir et blanc, 15min
Fictions
de René Clair
fiction, 1923, muet, noir et blanc, 34min
de Luitz-Morat
fiction, 1924, muet, noir et blanc, 1h10min
Le mystère de la tour Eiffel
de Julien Duvivier
fiction, 1927, noir et blanc, 1h20min
La fin du monde
de Abel Gance et Eugène Deslaw
fiction, 1931, noir et blanc, 2h01min
Ninotchka
de Ernst Lubitsch
avec Greta Garbo
fiction, 1939, noir et blanc, 1h50min
de Alain Pol
fiction, 1947, noir et blanc, 23min
L'homme de la tour Eiffel (The Man on the Eiffel Tower)
de Burgess Meredith
fiction, 1948, couleur, 1h22min
The Lavender Hill Mob (De l'or en barre)
de Charles Crichton
fiction, 1951, noir et blanc, 1h18min
de Jean Image
fiction, 1952, couleur, 1h04min
de Henri Gruel
fiction, 1955, couleur, 9min
Drôle de frimousse (Funny Face)
de Stanley Donen
avec Audrey Hepburn et Fred Astaire
fiction, 1956, couleur, 1h39min
de Richard Pottier
fiction, 1956, couleur, 1h41min
de Louis Malle
fiction, 1960, couleur, 1h28min
Les plus belles escroqueries du Monde, L'homme qui vendit la tour Eiffel
réalisation collective
fiction, 1964, couleur, 1h51min
La tour Eiffel qui tue
de Michel de Ré et Jean-Roger Cadet
fiction, 1966, noir et blanc, 1h14min
La grande course autour du monde (The Great Race)
de Blake Edwards
avec Tony CURTIS
fiction, 1965, couleur, 2h27min
de Jean-Pierre Rawson
avec Jean CARMET
fiction, 1979, couleur, 1h30min
Superman II
de Richard Lester
fiction, 1980, couleur, 2h02min
de Claude Lelouch
avec Robert HOSSEIN
fiction, 1981, couleur, 2h56min
Rive droite rive gauche
de Philippe Labro
avec Gérard DEPARDIEU
fiction, 1984, couleur, 1h40min
A View to a Kill (Dangereusement vôtre)
de John Glen
fiction, 1985, couleur, 2h11min
Un Indien dans la ville
de Hervé Palud
fiction, 1994, couleur, 1h30min
Angel-A
de Luc Besson
fiction, 2005, noir et blanc, 1h30min
Bibliographie
Ciné Paris, Virginie Descure et Christophe Cesazza, Paris, Hors Collection, 2003
Le cinéma, catalogue d'exposition établi par Daniela Lamberini et Rosalia Manno Tolu, in De la Toscane à l'Europe de Gustave Eiffel, la tour Eiffel au bord de l'Arno, Livourne, Sillabe, 1999
En écho
Sur le site du Forum des images
Paris clin d'oeil

 

Paris à la Belle Epoque, par Noël Herpe

 

Le Paris de René Clair, par Noël Herpe

 

Le Paris de François Truffaut, par François Porcile

 

Sur internet
Site officiel de la tour Eiffel : http://www.tour-eiffel.fr/
On y trouve des informations, des dossiers thématiques, des photos et une filmographie.

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22 novembre 2008

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