Les collections de films du Forum des images

Parcours

A la recherche d’un héros perdu
par Eugénie Zvonkine
P243
L'été froid de l'année 53
collection Mosfilm
Mosfilm, ce studio de cinéma fondé à Moscou dans les années 1920, a produit à ce jour près de deux mille films. Parmi eux, une trentaine, tous genres et époques confondus, sont disponibles dans la Salle des collections. S’y côtoient des films très largement connus en Occident et ceux dont la grande renommée populaire en Russie n’a pas traversé les frontières.


Quand passent les cigognes
Le choix de commencer cette collection en 1957 n’est pas anodin : c’est l’heure du Dégel en Union soviétique et les cinéastes peuvent enfin respirer et créer un peu plus librement. La collection s’ouvre ainsi sur le classique Quand passent les cigognes de Mikhaïl Kalatozov qui, avec sa Palme d’or cannoise, a fait savoir au monde entier que le cinéma soviétique renaissait de ses cendres après la période dite "de peu de films" et de la censure extrême de la fin du régime stalinien. A cette époque, la question du héros taraude les cinéphiles et les cinéastes soviétiques. Comment créer un nouvel héros pour le cinéma soviétique, à la fois attachant et exaltant, mais moins terrifiant de perfection que les héros de la fin du cinéma stalinien ?

On le voulait infaillible et inébranlable, on le veut désormais complexe, moins sûr de lui, un peu perdu. Kalatozov montre ainsi des êtres dont la grande histoire vient briser les destins, alors que jusque-là les héros se devaient d'être dévoués corps et âme à la cause commune. Dès le début des années soixante, Andréï Tarkovski introduira à travers son œuvre ce qu'il appelle lui-même "l'homme faible", "celui qui n’est pas un lutteur par ses signes extérieurs, mais que je vois comme le vainqueur dans cette vie". Cette définition sera en sourdine déclinée sur tous les tons durant la stagnation. Tarkovski opte pour un moine rempli de doutes et questionnant sans cesse sa foi dans Andreï Roublev (1966).

Kin-dza-dza
En 1977, Gueorgui Danelia présente au public soviétique l'attachant Mimino dont les bravades et la joie de vivre toutes géorgiennes sont hantées par une nostalgie de sa terre natale (des images fugacent traversent le film). Avec la Perestroika, vient le temps des bilans, et les héros du passé soviétique se multiplient dans les films. Des héros malgré eux de L'été froid de l'année 53 (1988) d’Alexandre Prochkine qui rappellent les mercenaires de John Sturges, aux héros endoctrinés de l'hilarant Kin-dza-dza (1986) de Gueorgui Danelia qui sous forme de film fantastique offre une mordante satire de la stagnation, en passant par Alexei Varakine, prisonnier d'un temps figé, celui de l'ère soviétique dans La ville zéro (1988) de Karen Chakhnazarov, chacun devient aussi le parangon d'un passé que les cinéastes n'ont de cesse d'analyser.

Eugénie Zvonkine
Eugénie Zvonkine, chargée de cours à l’Université Paris VIII, est historienne et spécialiste du cinéma russe.
28 mars 2013

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