Les collections de films du Forum des images

Parcours

Histoire architecturale et urbaine de Paris
P68
Actualités Gaumont 1946 - 1965
collection Paris Île-de-France
De la simple cité gallo-romaine à la capitale au rayonnement international, on ne saurait mesurer à quel point Paris a su évoluer avec le temps. Monuments emblématiques, quartiers pittoresques, rues chargées d'histoire : voilà le patrimoine dont a hérité celle que l'on surnomme "la plus belle ville du monde", qui est aussi l'une des plus filmées. L'extrême diversité des documentaires et des fictions qui lui sont consacrés fournit un formidable outil de connaissance sur la ville en général et sur Paris en particulier, que nous vous invitons à découvrir.


Panorama
Paris bouge-t-il ?
Paris bouge-t-il ?
L'évolution de Paris est sans conteste liée à l'histoire du pays et aux hommes qui l'ont rêvée par leurs projets, leurs idées et leur conception du monde urbain. De la cité gallo-romaine aux Grands Travaux des années quatre-vingt, il y a une continuité faite de progrès et de périodes de stagnation.

Le documentaire Paris bouge-t-il ? (1989) présente les grandes mutations qui ont donné à Paris son visage actuel. Car, depuis des siècles, le tissu urbain de la capitale n'a cessé de bouger. De très nombreux films en rendront compte tout au long de ce parcours à travers l'histoire architecturale et urbaine de Paris.


De l'architecte à l'urbaniste
L'architecture a été pour les souverains un moyen d'asseoir leur autorité. La centralisation du pouvoir en un lieu, château ou palais, démontre bien cette volonté d'affirmer de l'extérieur une influence et une légitimité. Dans un premier temps, la ville doit montrer, impressionner, engendrer la crainte et le respect. On construit alors des enceintes, des forteresses, également un palais somptueux et des églises flamboyantes. Les gouvernants, pour démontrer l'ampleur de leur pouvoir, chercheront ensuite à parer la ville de somptuosités. Comment comprendre Versailles sans s'attarder sur la personnalité de Louis XIV ? Souvent, derrière chaque monument, se cache en effet un homme avec une volonté, des idéaux et des ambitions...

L'urbanisme, conception plus moderne de la cité, envisage plutôt l'évolution du tissu urbain dans sa complexité. Il ne s'agit plus seulement d'une architecture d'apparat, mais d'intégrer les habitants à l'espace urbain, afin de l'améliorer et de le rendre plus agréable. L'équipement et l'aménagement deviennent des priorités. On ne se contente plus de parer la ville, on veut la rendre habitable et confortable.

Dans Dédale (1993), Gisèle et Luc Meichler s'interrogent sur ce vers quoi tendent ces deux disciplines, l'architecture et l'urbanisme. A travers l'utilisation de nombreux extraits de films mythiques, présentant une vision fantastique de la ville et alternant avec des images d'éléments urbains contemporains, les réalisateurs s'interrogent sur l'avenir des villes.


Paris au quotidien
Sur les toits de Paris
Dès sa création, le Forum des images a souhaité capter l'histoire et l'évolution architecturale et urbaine de Paris en produisant ou coproduisant des films très éclectiques. Un suivi des grands chantiers a ainsi été entrepris dès 1982.Depuis, le Forum des images filme les transformations du paysage parisien, aussi bien les grands travaux menés par l'Etat que l'évolution des différents quartiers.A côté de ces films, des documents destinés à un public plus spécialisé sont réalisés dans le cadre de la série Dossiers audiovisuels.

Des Jardins de la licorne (2002) à Sur les toits de Paris (2002), les films produits par le Forum des images proposent autant d'occasions de découvrir les grands chantiers de la capitale, ainsi que le quotidien de ses habitants ou des lieux insolites. Plusieurs films cités dans ce parcours thématique font partie de cette mémoire audiovisuelle de Paris que le Forum des images constitue depuis plus de vingt ans.


Le vieux Paris
La cité gallo-romaine
Les premiers projets
Les thermes du musée de Cluny
C'est vers -250 avant Jésus Christ que tout a commencé : les Parisii, peuple gaulois, s'installent sur les bords de la Seine. Leur ville, qui prend le nom de Lutèce, devient rapidement un centre commercial stratégique, la proximité avec le fleuve facilitant les échanges avec le reste du territoire. En 52 avant J.-C., Labienus, général de César, s'en empare : l'influence gallo-romaine va alors bouleverser son aspect. C'est l'époque des premiers tracés et des premiers projets d'architecture. Parmi les plus importantes constructions, celle des thermes de Cluny que l'on peut observer dans le documentaire de Marcel Boudou Les thermes du musée de Cluny (1985).

L'eau est le moteur essentiel de ces multiples projets : aqueducs et ponts sont construits pour faciliter le transport des marchandises et l'alimentation en eau des habitants. Z'aqueducs (1986) retrace la découverte de l'un d'eux, à l'occasion de travaux d'aménagement du quartier Denfert Montsouris.


La capitale médiévale
Le royaume des premiers Capétiens
En 508, Clovis choisit Lutèce comme "siège de son royaume". Les Mérovingiens n'ont alors qu'une ambition : transformer la ville en capitale. C'est ainsi que Lutèce deviendra Paris, le sanctuaire du royaume mérovingien. Peu de vestiges de cette époque sont encore visibles. Chaque découverte est donc un grand moment, suivi de près par les archéologues. La voix de Michael Lonsdale retrace l'édifiante histoire d'une de ces découvertes, celle d'une nécropole située sous l'actuelle place Baudoyer (Concessions à perpétuité, 1997).

Pendant le règne des Carolingiens, c'est surtout l'île de la Cité qui va se développer, puisqu'elle abrite le palais des rois. Des édifices religieux, notamment les abbayes de Sainte-Geneviève et de Saint-Germain-des-Prés, sont également construits : ils constituent le principal tissu urbain de la ville.


Paris à la fin du Moyen Age : une ville riche
Les enceintes de Paris
Le Paris de Philippe Auguste au XIIe siècle est un Paris transformé et sécurisé. Le roi demande aux bourgeois de la ville de construire une nouvelle enceinte afin de protéger la rive droite, projet qui est décrit dans le documentaire de Michèle Pâtre Les enceintes de Paris (1984). Le plus important vestige de cette courtine est un tronçon longeant la rue des jardins Saint-Paul. D'importants bourgs se retrouvent alors à l'extérieur des fortifications, comme Saint-Marcel et Saint-Victor situés sur sur la rive gauche.

Le palais de la Cité sera ensuite embelli par Saint Louis et Philippe le Bel, dont les règnes marquent l'apogée de l'art gothique. S'il est bien une image représentative de cette période, c'est celle de la cathédrale, personnage principal du film de Jean Delannoy de 1956, Notre-Dame de Paris, adapté du célèbre roman de Victor Hugo. Georges Franju l'a également filmée sous toutes ses coutures (Notre-Dame cathédrale de Paris, 1956), tandis que Marcel Boudou s'est intéressé à sa crypte archéologique (Mémoire insulaire, 1984).

Paris à la fin du Moyen Age est une capitale riche, à tous points de vue. Economiquement, elle est un port à la position stratégique enviable ; intellectuellement, elle est reconnue pour l'efficacité de ses universités. Elle est surtout une ville au patrimoine architectural immense : églises, palais, tours et donjons, autant de richesses urbaines qui la distinguent de beaucoup de capitales du monde occidental.


Paris à la Renaissance
L'âge d'or du Louvre
La fin de la guerre de Cent Ans redonne à Paris un rôle de premier plan. Les Valois croient en l'urbanisme et à ses effets positifs sur la politique. Paris est embelli à l'ouest : des faubourgs sont percés et la ville intra-muros se densifie. On doit aussi aux Valois le début de la construction du Pont-Neuf en 1578. Jack Sanger revient sur l'histoire du plus vieux pont de Paris dans Autour du Pont-Neuf (1965).

Le Louvre devient le centre symbolique du pouvoir, grâce à ses bâtiments monumentaux et à son implantation. Son histoire est détaillée, une nouvelle fois par Jack Sanger, dans Le palais du Louvre (1971). Dans La reine Margot (1994), Patrice Chéreau a mis en scène ce formidable palais, à un moment où la ville s'apprête à vivre une des parties les plus sombres de son histoire.


Henri IV : l'architecture comme une parure
Henri IV, surnommé le Vert-Galant, conçoit l'architecture comme une parure, symbole de sa puissance. Différentes places sont construites sous son règne, notamment la place Royale, appelée aujourd'hui place des Vosges (La place des Vosges, 1965). L'usage de la pierre de taille et de la brique pour les murs donnent à cette architecture Renaissance un style noble et sobre. Le Louvre et les Tuileries sont embellis, augmentant le contraste entre l'ouest et l'est parisiens.


Paris sous Louis XIII
Des projets royaux pour Paris
Entre rue et jardin
On peut considérer que Louis XIII continue les travaux de son prédecesseur. La priorité est donnée aux projets d'utilité publique nécessaires à la ville au XVIIe siècle. La construction de plusieurs ponts (ponts Marie et de la Tournelle) et de berges renouvellent les alentours de la Seine. Les pères Martellange et Derand proposent les plans de l'église de la Sorbonne et du Val-de-Grâce, dont le dôme s'inspire de Saint-Pierre de Rome. Le Marais, assaini par une politique de grands travaux et doté de nouveaux hôtels particuliers, connaît son apogée au XVIIe siècle. On note également une nette implication de la politique dans l'architecture : Sully, surintendant des Finances, aménage l'Arsenal de façon princière.

Le Paris de Louis XIII est reconstitué avec force décors dans plusieurs films de cape et d'épée, notamment Les trois mousquetaires d'André Hunebelle (1953) et Cyrano et d'Artagnan d'Abel Gance. Plus didactique, le documentaire Entre rue et jardin (1985) propose un panorama de l'évolution architecturale des habitations urbaines du XVe au XVIIe siècles.


Le roi Soleil : le classicisme à la française
De grands projets pour Paris
La conscience de la ville comme organisme réglé et ordonné s'affirme à partir du règne de Louis XIV. Les multiples guerres qu'a connues le royaume ont repoussé le danger aux frontières. Paris est une ville libérée et ouverte. En 1671, est créée l'Académie d'architecture qui définit précisément le goût français : une architecture de plus en plus sévère, s'exprimant par la simplicité des façades et la symétrie des proportions.

Les principaux aménagements de Paris se situent au Louvre, aux Invalides, à la manufacture des Gobelins et place Vendôme, dont l'histoire est détaillée par Jack Sanger (La place Vendôme, 1965). Le dôme des Invalides, débuté par Libéral Bruant, est achevé par Jules Hardouin-Mansart, célèbre architecte à qui le documentaire d'André Gillet Hardouin Mansart (1953) est consacré. Malgré l'absence du roi, son intendant Colbert continue à nourrir de grands projets pour la ville marqués par la lutte contre l'insalubrité : on élargit des rues et construit des fontaines et des quais.


Le château de Versailles
Le roi Soleil
Le goût architectural de cette époque est incarné par le château de Versailles. Au départ, le château était un simple lieu de rendez-vous de chasse qu'avait fait construire Louis XIII. Son fils Louis XIV en fera une demeure gigantesque, qui deviendra une source d'inspiration à l'étranger. En 1668, l'impulsion est donnée, lorsque Le Nôtre redessine le parc et que Le Vau commence la construction monumentale du château. La décoration est confiée au célèbre Le Brun, qui commande notamment les vingt-quatre statues devant orner le parc. Satisfait d'une telle somptuosité, le roi décide de s'y installer définitivement, suivi de sa cour dès la fin du siècle.

Dans sa conception d'ensemble, Versailles reflète le désir du souverain, comme l'évoque Le pouvoir et la pierre (1990). Jamais encore un roi ne s'était investi de cette manière dans une politique d'urbanisme et dans ce souci constant de grandeur et de somptuosité. L'architecture joue un rôle politique de première portée : elle est destinée à démontrer le pouvoir de la monarchie absolue de droit divin, incarnée par le symbole solaire. Plusieurs films rappellent cette époque de grandeur et d'excès, notamment Le roi Soleil (1958) de Jean Vidal, Prix spécial du jury au Festival de Venise, La vie au temps du roi Soleil (1980) d'Olivier Gérard et le grinçant Si Versailles m'était conté (1953) de Sacha Guitry.


La Régence : une œuvre timide
Paris redevient la capitale
Paris redevient la capitale du royaume à la mort de Louis XIV en 1715. La cour quitte Versailles pour rejoindre les Tuileries, réaménagées pour la venue du nouveau roi, Louis XV, alors âgé de cinq ans. Le duc d'Orléans est investi de la régence et prend les commandes de la capitale, bien décidé à donner à Paris une revanche sur Versailles. Cependant, même si de nombreux projets d'aménagement et d'urbanisation sont prévus, ils ne restent qu'à un stade de conception. Le centre médiéval de la ville, que l'on peut distinguer dans les décors du film Cartouche (1962) de Philippe de Broca, demeure inchangé : la monarchie n'a ni l'envie ni les moyens de se lancer dans un projet de restauration des lieux.


Des initiatives modérées
L'œuvre urbanistique de la Régence est donc finalement assez pauvre. Il s'agit essentiellement de réaménagements et de restaurations ponctuelles, sans grande implication du roi. Les rues restent sales et tortueuses, même si un quartier comme le Marais est fréquenté par la haute bourgeoisie et la noblesse. C'est d'ailleurs dans ce quartier que vit le fiéleux Gonzague, interprété avec brio par Fabrice Luchini dans Le bossu (1997).

La plus grande transformation de Paris est due aux initiatives privées. En effet, Paris étend son parc immobilier, du fait de l'installation progressive des bourgeois au cœur de la ville, et l'habitat se transforme. Les immeubles à plusieurs étages se multiplient et donnent à Paris un visage plus moderne et raisonné, correspondant parfaitement aux idées des Lumières.


Paris sous Louis XV
Un goût pour le monumental
On considère généralement que l'architecture de Paris a peu évolué sous les règnes de Louis XV et de Louis XVI. Ce sont surtout les autres villes du royaume qui ont connu un nouveau souffle, notamment les ports de l'Atlantique comme Nantes et Bordeaux. Cependant, malgré l'importance des problèmes financiers, les projets ne font aucunement défaut. Le XVIIIe siècle en France sera celui d'une nouvelle architecture publique et monumentale, marquée par les idées de progrès et de modernité des grands philosophes des Lumières.

L'évolution architecturale est dominée par le style Louis XV jusqu'aux années 1770. On doit à l'architecte Ange-Jacques Gabriel la réalisation d'une des plus belles places de Paris, où se trouve aujourd'hui la Concorde. Bordée de deux palais, elle incarne fidèlement le goût monumental de l'époque. Autre réalisation, et non des moindres, le réaménagement à partir de 1763 des Champs-Elysées et la construction de la célèbre Ecole militaire, racontée par Jack Sanger dans un des numéros de ses Histoires de Paris (L'Ecole militaire, 1967).


L'apogée du style néoclassique
L'architecte maudit
Sur la rive gauche notamment, l'implication de l'Etat est plus évidente. De nombreuses églises sont construites, manifestant un retour à l'art grec, comme en témoignent l'œuvre de Germain Soufflot à Sainte-Geneviève (1764) et le théâtre de l'Odéon, né des idées de Joseph Peyre et Charles de Wailly en 1770. Les hôtels particuliers participent également de cette évolution et marquent l'apogée du style néoclassique comme l'hôtel de Jarnac, rue Monsieur, élevé en 1784. Un des plus grands bâtisseurs d'hôtels particuliers fut Claude Nicolas Ledoux, dont Pierre Kast dresse le portrait dans L'architecte maudit (1953).

Le règne de Louis XV présente un style harmonieux et rigoureux, qui ne concerne toutefois qu'une partie infime de la capitale. Le vieux centre est à l'agonie et montre un visage de plus en plus décrépi.


Paris sous Louis XVI
Une capitale à deux vitesses
Les deux orphelines
Louis XVI hérite en 1774 d'une capitale qui fonctionne à deux vitesses. D'un côté le Paris grandiose incarné par la somptuosité des monuments et le goût architectural de l'époque, et de l'autre le Paris populaire qui aurait besoin d'être rénové, décor du film de Maurice Tourneur Les deux orphelines (1932). Les problèmes édilitaires et sanitaires, auxquels la monarchie n'apportera que peu de réponses faute de moyens financiers, s'accumulent. On détruit les maisons sur les ponts pour faciliter les transports mais on se résoudra à construire qu'un nouveau pont, équipement dont manque cruellement la capitale. Par ailleurs, l'insalubrité de la ville et sa saleté ne peuvent être évincées car la surpopulation et la rareté des rues et des égoûts empêchent tout projet novateur.

De grandes réalisations toujours marquées par l'influence antique, telles que l'Ecole de chirurgie en 1775, sont toutefois accomplies. L'urbanisme entre progressivement dans le débat public, monopolisé par les écrivains et les architectes multipliant projets et innovations. Louis XVI semble tourné vers d'autres priorités, accaparé par les difficultés financières de l'Etat. Il réside à Versailles, ce qui le coupe de la réalité parisienne, une des causes certaines des prochains événements. Cette ignorance des difficultés du peuple est notamment évoquée par Patrice Leconte dans Ridicule (1996) où la cour résidant à Versailles est plus préoccupée par les jeux de mots que par la misère environnante.


La ville aux mains des révolutionnaires
Les événements révolutionnaires redonnent à Paris le rôle de capitale politique qui était détenu de nouveau par Versailles. Investi par les assemblées révolutionnaires, Paris semble en effet revivre après la chute de l'Ancien Régime, malgré les nombreuses destructions qui l'ont affecté. Si des édifices sont rayés de la carte (notamment les couvents de Saint-Germain-des-Prés et des Cordeliers), d'autres lieux entrent sur le devant de la scène, comme le café Le Procope, qui se trouve encore aujourd'hui rue de l'Ancienne-Comédie.

Les révolutionnaires n'ont presque pas construit à Paris, excepté le chantier destiné à faire de l'église Sainte-Geneviève le "Panthéon" français consacré à la mémoire des grands hommes qui auront servi la patrie. Des projets naissent pourtant des idées des intellectuels patriotes, comme le "Plan des artistes" de 1796. L'administration est accaparée par les luttes intestines et le danger soulevé par les souverains étrangers : aucune réalisation concrète ne verra finalement le jour.

Plusieurs films restitue l'ambiance de cette époque. Dans Valmy (1967), Jean Chérasse et Abel Gance retrace les événements de la Révolution, à partir de lieux emblématiques comme la Bastille, les Tuileries ou le Procope. Très différent dans sa forme et dans son fond, L'Anglaise et le duc (2001) d'Eric Rohmer relate également de manière remarquable le Paris de l'époque en faisant évoluer les personnages sur fond de toiles peintes.


Napoléon Bonaparte : l'urbaniste de la ville
Un nouveau souffle pour la capitale
Paris connaît un nouveau souffle lorsque Napoléon Bonaparte s'empare du pouvoir le 9 novembre 1799, événement sur lequel revient rapidement Sacha Guitry dans Napoléon (1954). L'empereur envisage la capitale à la hauteur de son pouvoir et de l'étendue de son empire, il la conçoit comme une nouvelle Rome ou une nouvelle Athènes. Ses deux conseillers, Jean-Antoine Chaptal et Pierre Fontaine, réenvisagent la ville sous de nouveaux angles.

L'ampleur de l'œuvre architecturale du Premier Empire est évidente, même si des guerres ruineuses n'ont pas permis d'achever tous les projets nés à l'époque. Parmi les plus importantes réalisations, la rue de Rivoli se distingue par son originalité et son innovation. Aménagée d'abord jusqu'au Palais Royal, cette promenade urbaine inspirée du goût anglais sera ouverte ensuite sur les Tuileries.

Le célèbre feuilleton Vidocq (1967) plonge le spectateur dans le Paris de cette époque, restituant en particulier l'ambiance des quartiers populaires.


Les progrès de l'équipement
Les principales transformations de la capitale résident dans des réalisations d'ordre pratique, prenant le pas sur l'urbanisme d'apparat. Des marchés (Saint-Germain, Blancs-Manteaux et les Halles), des abattoirs et, enfin, des égouts longs de dix kilomètres sont construits. Le Père-Lachaise, Montmartre et Montparnasse, les trois grands cimetières créés à la Révolution, sont aménagés.

La circulation est améliorée grâce à de nouveaux ponts, notamment la passerelle des Arts, première construction métallique réalisée en 1803. Sur le plan de l'approvisionnement en eau, de grandes fontaines publiques sont érigées (Châtelet) et le canal de l'Ourcq est percé : autant de projets salvateurs pour la ville expliqués par Jack Sanger dans Fontaines et bassins (1973) et par Claude Girard et Ronan Harel dans Au fil de l'Ourcq (1994).

Paris, "première capitale de l'univers" selon Napoléon, montre un visage orgueilleux au début du XIXe siècle. La chute de l'Empire en 1814 lui donnera une nouvelle apparence.


Paris surpeuplé et insalubre
Un "cloaque"
Dans la première moitié du XIXe siècle, Paris apparaît comme une ville au réseau urbain dense et confus, sans véritable structure. Les Parisiens s'indignent des embarras de la ville, de l'étroitesse de sa chaussée et de l'insalubrité de certains quartiers centraux. Balzac compare la capitale à un "cloaque" et à un "bourbier", les médecins dénoncent le manque d'hygiène et ses conséquences désastreuses sur la santé des habitants. Dans le cadre de l'émission Cent ans de vie sociale à Paris, Philippe Prince propose un tableau de la vie à cette époque, intitulé Paris au temps de Balzac (1978).

Du fait du pouvoir d'attraction exercé par la capitale, la population a plus que doublé dans les premières années du siècle. Paris est une ville industrieuse, elle embauche. Des ouvriers viennent de toute la France pour trouver du travail. Les premières vagues d'immigration se font sentir. Dans les années 1840, il est déjà difficile de cerner les limites de certains quartiers de Paris. Dès lors, s'annonce l'annexion de la banlieue proche qui, en 1860, entraînera un agrandissement considérable de la capitale.


Des réponses timides aux multiples problèmes
Les misérables
Les pouvoirs publics sous la Restauration (Louis XVIII et Charles X) et la Monarchie de Juillet (Louis-Philippe) tentent partiellement de trouver des réponses à ces multiples problèmes. Dès le début du siècle, le préfet Volvic de Chabrol s'attache à doter la capitale de trottoirs. L'administration préfectorale tente également de mettre en place une politique d'assainissement, notamment en prolongeant les égouts. Victor Hugo a fait de ces égouts un véritable personnage de son fameux roman fleuve, qu'adaptera notamment Raymond Bernard en 1933 (Les misérables). La poursuite dans les égouts, la reconstitution des barricades : tout est là pour faire revivre le Paris du XIXe siècle.

Dans un même souci urbanistique, la hauteur des maisons est réglementée et on impose aux architectes d'obtenir une autorisation avant de se lancer dans de nouveaux projets. Ces mesures sont complétées par des obligations touchant la voie publique : on interdit aux Parisiens de déposer des ordures ou des objets sur les trottoirs, de sorte à faciliter le passage des piétons.


Vers le Paris moderne
Passages
Si certains projets paraissent bien timides, ils annoncent et préparent l'œuvre haussmanienne. Des passages couverts sont construits dans les quartiers les plus vivants de la capitale, à l'instar de la galerie Colbert ouverte en 1826. Les décorations de ces galeries, longuementfilmées dans Passages (1980), rappellent encore aujourd'hui l'apogée de ces passages couverts au XIXe siècle.

C'est surtout à l'ouest et au nord de la capitale qu'ont lieu les plus importantes transformations. L'administration perce des rues, crée des places et construit des bâtiments à usage privatif ou public. Ainsi naissent les quartiers Poissonnière et Saint-Georges au nord et, plus à l'ouest, la Nouvelle-Athènes et le quartier François-Ier. Le préfet Rambuteau s'active à élargir deux grands axes de la capitale : le boulevard de la Bastille et celui de la Madeleine. Une artère conséquente, qui deviendra la rue Rambuteau, est également percée dans le Marais.

C'est à cette époque, vers 1830, que naît l'amour de Garance et du mime Deburau dans les décors du boulevard du Temple, reconstitué avec une grande grâce par Alexandre Trauner dans Les enfants du paradis (1945).


Le Paris moderne
L'œuvre d'Haussmann
Le "ministre" de la ville
Nommé préfet de la Seine en 1853, le baron Georges-Eugène Haussmann travaillera au service du Second Empire et de Napoléon III pendant dix-sept ans. Tout au long de ces années, Haussmann suit les désirs et les instructions d'un empereur marqué par un exil à Londres, tout en conservant son attachement personnel à certaines valeurs comme l'ordre, la cohérence et la simplicité esthétique. Il tente d'apporter des solutions aux problèmes causés depuis longtemps par l'insalubrité, la surpopulation et les soulèvements populaires. On comprend donc que les quartiers aux multiples rues, là où d'ailleurs pullullent les barricades, sont visés par ses idées urbanistiques.

Roland-Bernard retrace la carrière de ce "ministre" de la ville dans Le baron Haussmann (1970), tandis que Jean Douchet présente plus spécifiquement les aménagements qu'il a effectués à l'aide de peintures, de gravures et de plans de l'époque dans Haussmann et l'haussmanisation (1986).


Un nouveau visage pour Paris
Paris, roman d'une ville
Dans un premier temps, le préfet s'attache à développer le réseau urbain de la ville : il fait percer des avenues et des boulevards pour faciliter la circulation dans la ville et autour des gares. Il cherche aussi à faire respirer une ville encombrée, en aménageant notamment les bois de Vincennes et de Boulogne. L'habitat est transformé par l'apparition de bâtiments de facture typiquement "haussmanienne", qui se caractérisent par leur soubassement, leur porte cochère et leur premier étage avec un balcon.

Une grande importance est également donnée au confort de la ville. Le mobilier urbain se développe sous la forme de lampadaires, de fontaines et de bancs publics. D'un point de vue plus concret, une des œuvres les plus importantes du préfet reste l'alimentation de Paris en eau de source. La construction d'aqueducs de dérivation, de réservoirs d'eau et de canalisations en sous-sol (égouts, conduites d'eau et de gaz) permettent de tripler la capacité d'approvisionnement. Evidemment moins apparentes que les œuvres en surface, ces réalisations sont pourtant la marque d'un pas définitif vers la modernité.

Paris, modelée par les mains d'Haussmann, devient ainsi une ville moderne, embellie et admirée. Ce nouveau visage de la capitale est visible dans Paris au temps de Zola 1851-1878 (1978), deuxième épisode de l'émission Cent ans de vie sociale à Paris, ainsi que dans Paris, roman d'une ville (1991), qui pose un regard inhabituel sur l'architecture et l'urbanisme de la capitale.


Une œuvre controversée
L'œuvre du baron Haussmann est à l'époque, et est encore aujourd'hui, controversée. Beaucoup dénoncent l'énormité des dépenses et surtout la répression policière se dessinant derrière ces travaux, empêchant dans une certaine mesure toute organisation de rebellion. En effet, l'installation de casernes et de boulevards gênent l'édification de barricades. On reproche enfin au baron sa radicalité, ses goûts esthétiques, d'avoir ôté à la capitale une partie de son histoire et de lui avoir donné une apparence froide et inhumaine.

L'œuvre haussmanienne a également suscité beaucoup d'admiration et d'éloges : Paris, vingt ans après le début des travaux, apparaît comme une ville transformée, modernisée, étincelante et luxueuse. Elle préfigure son apogée, symbolisée par la richesse et le succès de l'exposition universelle de 1900.


Pour en savoir plus


Paris à la fin du XIXe siècle
Une ville en ruine
La semaine sanglante
Paris, dont la rive gauche a été partiellement bombardée en 1870 par les Prussiens, connaît un nouvel affront : en mars 1871, la Commune, opposant le gouvernement siégeant à Versailles aux Parisiens refusant de capituler contre les Prussiens, est déclenchée. De très nombreux bâtiments sont incendiés, dont l'Hôtel de ville et surtout le palais des Tuileries qui, réduit en cendres, sera finalement rasé. La semaine sanglante (1976) de Joël Farges montre ce Paris en ruine, où le sang coule et les cadavres s'amoncellent.

A la fin du mois de mai 1871, la paix et l'ordre règnent à nouveau dans la capitale. La ville doit maintenant panser ses plaies.


Une renaissance spectaculaire
Paris parvient assez rapidement à se relever de ses ruines. La ville expie les "péchés de la Commune" en lançant le chantier de la basilique du Sacré-Cœur, monument mythique de Montmartre surlequel revient Jack Sanger (Le Sacré-Cœur, 1967). Si la plupart des projets haussmaniens lancés vingt ans plus tôt sont réalisés, certains restent encore à terminer. Dès 1878, la nouvelle exposition universelle permet l'achèvement du boulevard Saint-Germain et de l'avenue de l'Opéra.

La veille du XXe siècle représente une période d'intense construction pour la capitale. L'habitat devient une priorité. A partir de 1870, l'immeuble parisien est appelé "maison de rapport", avec ses cinq étages, sa façade plate et sa décoration d'inspiration gréco-romaine. Ce type de bâtiment est caractéristique de l'habitat bourgeois parisien des grandes avenues, comme celle de l'Opéra. La transition vers "l'immeuble 1900", qui se distingue notamment par sa décoration géométrique et sa porte en fer, se fait peu après, vers 1895.

A cette époque, continue également la construction de plusieurs grands magasins, dont le premier, le Bon Marché, est conçu en 1852 par l'architecte Louis-Charles Boileau assisté de Gustave Eiffel. Le Tout-Paris se pressera désormais dans ces temples de la consommation, au grand désespoir de Baudu, vieux marchand drapier qui voit sa clientèle déserter sa boutique (Au bonheur des dames, 1943).

Les frères Lumière filment ce Paris à la fois touristique et populaire dès 1896, lorsque la cinématographie naissante devient le témoin des évolutions de la ville (Paris et ses environs, 1896-1899).


Le verre et le fer
L'âge d'or du fer
La fin du siècle est marquée par l'Exposition universelle de 1889, marquant l'apogée de l'architecture métallique et de la foi en la science. On dresse devant l'Ecole militaire la Galerie des machines de fer et de verre. Les deux attractions principales de l'Exposition sont la grande roue et la tour Eiffel, gigantesque prouesse technique avec ses trois cents mètres de haut. Claire Jeanteur, dans La tour et Eiffel (1995), revient sur la carrière de Gustave Eiffel et sur son œuvre novatrice pour l'époque.

Les constructions métalliques pullullent dans la ville. L'exemple le plus frappant reste la gare du Nord, dont la charpente du hall est exclusivement faite de verre et de fer. Jacques Krier évoque ce mouvement original en présentant divers lieux de la capitale dans L'âge d'or du fer (1995). Paris devient de plus en plus cette ville moderne, au visage connu de tous.


Paris 1900
Les fastes de la Belle Epoque
Au début du XXe siècle, Paris s'affirme comme une place financière et commerciale de première importance, en même temps que sa population continue à croître. L'Exposition universelle de 1900, telle qu'elle est filmée par les frères Lumière (L'Exposition universelle, 1900) ou par Thomas Edison (L'Exposition de 1900 à Paris), est révélatrice du nouveau visage de la capitale durant cette "Belle Epoque". Plus de cinquante millions de visiteurs se rendent à cette Exposition, où l'architecture moderne, la foi en la science et les idées novatrices en matière artistique se disputent la vedette.

La multiplication des loisirs donne à la capitale une réputation internationale. Les "caf' conc" et les cabarets, comme le fameux Moulin-Rouge dont s'imprègne Jean Renoir pour réaliser French cancan (1954), se multiplient. En 1913, est inauguré le théâtre des Champs-Elysées construit par Auguste Perret (Auguste Perret, 1983), tandis que les salles Gaveau et Pleyel ne désemplissent pas. Les salles de cinéma se développent également, comme l'explique le documentaire Du "salon indien" au multiplexe (1995).


La naissance du métropolitain
Le métro parisien au début du siècle
La priorité de la politique d'urbanisme est donnée à l'équipement. La ville cherche à résoudre les problèmes de circulation devenus prépondérants en se dotant d'un chemin de fer métropolitain souterrain. On peut trouver des images de ce chantier colossal dans Le métro parisien au début du siècle (avant 1930), consacré aux débuts de ce nouveau transport en commun.

Sous la direction de Fulgence Bienvenüe, à qui P.A. Picton consacre un portrait intitulé Le père métro Fulgence Bienvenüe (1975), la plus grande partie du réseau est construite avant les années trente. La mise en place progressive de nouvelles lignes modifiera et facilitera ensuite profondément la vie quotidienne des Parisiens. En fait, c'est une seconde ville absolument indispensable à la première qui se développe en sous-sol et devient un décor de cinéma privilégié, comme en témoigne Roger-Henri Guerrand à travers un parcours thématique consacré à l'image du métro (Le métro : une figure cinématographique emblématique de Paris).


L'art nouveau
Les façades des immeubles et l'entourage des portes s'ornent d'une flore stylisée, une nouvelle forme de mobilier urbain se développe également : c'est la naissance de l'art nouveau, dont le fondateur est Hector Guimard, connu surtout pour les décorations des stations de métro et du Castel Béranger, maison de rapport de la rue La Fontaine. Pascal Kané consacre un documentaire à cet architecte décorateur plein de talent, dans lequel on peut voir ses principales réalisations parisiennes (Hector Guimard, 1992).

En 1967, dans Le modern style à Paris, Georges Franju partira à la recherche des traces laissées par ce style caractéristique des premières années du XXe siècle dans les rues de la capitale,notamment de ses quartiers populaires.


L'habitat parisien au début du XXe siècle
Charlotte Perriand crée l'habitat au XXe siècle
La capitale connaît une crise du logement, qu'évoquent les actualités Gaumont de l'époque (Architecture et urbanisme à travers les actualités Gaumont 1912-1932). Certains architectes, tels Le Corbusier, mettent en avant leur conception de l'habitat social par la création d'un "plan voisin" pour Paris. Jacques Barsac, dans la première partie d'un portrait consacré au Corbusier (1987), revient sur l'œuvre novatrice de l'architecte dans les premières années du XXe siècle. Charlotte Perriand deviendra sa collaboratrice, comme on peut le voir dans le documentaire Charlotte Perriand crée l'habitat au XXe siècle (1988).


Le choc de la Première Guerre mondiale
La Première Guerre mondiale vient mettre un frein aux projets en cours. Cette guerre, que l'on avait pensée courte et glorieuse, durera en fait quatre ans et laissera le pays exsangue. De mars à août 1918, Paris subit quelques dommages. Des obus tombent près de l'Ecole des mines, boulevards Saint-Germain et Saint-Michel, et en particulier sur la voûte de l'église Saint-Gervais.


Paris pendant l'entre-deux-guerres
De l'art déco à l'avant-garde
Bâtir
Après la guerre, un nouveau style plus sobre se développe. Il deviendra une référence influençant tous les arts, de l'architecture à l'ameublement. Ce style culmine en 1925 avec l'Exposition des arts décoratifs, filmée à plusieurs reprises par les opérateurs Gaumont (L'Exposition des arts décoratifs de 1925 à travers les actualités Gaumont). Philippe Collin revient également sur Le style 1925 (1975), à l'occasion du cinquantenaire de l'Exposition.

L'architecture monumentale n'est pas en reste puisque les années trente voient la construction de nouvelles portes (Saint-Cloud, Dorée), du palais de Tokyo et du musée des Arts africain et océanien (musée des Colonies). En 1937, le palais de Chaillot, qui remplace celui du Trocadéro, sert de toile de fond à la nouvelle Exposition universelle, évoquée dans un film anonyme (Exposition de 1937, 1937) et par les actualités Gaumont (Architecture et urbanisme à Paris à travers les actualités Gaumont 1932-1942).

Robert Mallet-Stevens conçoit de son côté l'espace urbain comme un décor d'avant-garde, où s'imbriquent les volumes. Inaugurée en 1927, la rue portant son nom, située dans le 16e arrondissement, regroupe plusieurs hôtels particuliers et une maison de gardien, qui deviendront le manifeste de la cité moderne. Pierre Chenal consacre une partie de son film Architectures d'aujourd'hui (1931) à cet artiste novateur et à son homologue Le Corbusier.

Les cinéastes de l'époque se tournent vers l'architecture pour la filmer et la glorifier : c'est le cas de Pierre Chenal (Bâtir, 1931) et de Jean Epstein (Les bâtisseurs, 1938).


Des HBM aux pavillons individuels
Les fortifications entourant la capitale sont rasées à partir de 1920 pour laisser place à la construction d'habitations à bon marché (HBM), comme l'explique le documentaire Au bord de Paris (1996). La construction de ces immeubles permet de résoudre en partie la crise du logement, très importante après la guerre. Elle s'est accompagnée de nombreuses créations d'équipements sociaux : crèches, dispensaires, salles de sport, etc. Cette nouvelle ceinture urbaine marque l'avènement d'un nouveau style de vie et d'organisation sociale.

Les années entre les deux guerres voient également naître le développement d'un "monde pavillonnaire". Face à une demande excédentaire et à des loyers bloqués, les lotisseurs construisent à moindre prix des maisons souvent médiocres en banlieue proche, que les Parisiens s'arrachent, faute de choix. Dès 1934, le gouvernement est obligé de suspendre la plus grande partie des crédits destinés à la construction. L'effondrement des loyers dissuade les propriétaires de louer leurs appartements : le problème du logement, à la veille de la Seconde Guerre, est dans une impasse.


Les années sombres de l'Occupation
Pendant l'Occupation, la ville, comme on peut le voir au cinéma, vit la nuit et retient son souffle le jour. Le marché noir se fait dans les ruelles sombres (La traversée de Paris, 1956), les théâtres abritent des réfugiés (Le dernier métro, 1980) et on s'enfuit par les égouts (La grande vadrouille, 1966).

A la fin de la guerre, le Paris intra-muros est finalement peu détruit. Pourtant, Paris restera de longues années une capitale sale et en retard sur ses voisines européennes.


Paris à l'après-guerre
Une période de stagnation
Lettre de Paris
L'après-guerre constitue une des plus grandes périodes de stagnation pour la ville. Les questions que posaient avant la guerre le retard des transports, la crise du logement, la mauvaise organisation de la banlieue ont été très profondément aggravées par le conflit. Le film de Roger Leenhardt Lettre de Paris (1946) décrit une ville meurtrie, marquée par les restrictions,mais qui a retrouvé un formidable élan.

Peu de crédits sont accordés aux problèmes d'urbanisme de la capitale, en raison du poids que font peser sur l'économie française les besoins nécessaires à la reconstruction des infrastructures, des industries et des villes dévastées. La population parisienne augmente cependant de 50 000 personnes par an, alors que la population existante est déjà très mal logée et que beaucoup d'immeubles insalubres sont laissés à l'abandon. Eli Lotar et Jacques Prévert s'associent pour dénoncer avec véhémence les conditions de vie déplorables des habitants de la banlieue, en l'occurence ceux d'Aubervilliers, dans un documentaire plein de poésie (Aubervilliers, 1945).


L'apogée de Saint-Germain-des-Prés
Une telle crise du logement incite les jeunes, fuyant les chambres de bonne exiguës ou les appartements de leurs parents où ils devaient encore vivre, à sortir dans les lieux publics. C'est alors l'apogée des cafés de Saint-Germain, de ses caves et des idées novatrices qui pouvaient fleurir à l'époque. Une atmosphère qui est très bien retranscrite dans le documentaire de Jacques Baratier Le désordre a vingt ans (1966), relatant l'ambiance du quartier après la guerre.


Paris pendant les années cinquante
Une crise du logement sans précédent
La crise du logement
En 1954, les températures très rudes de l'hiver mettent en lumière les conditions difficiles des plus démunis. L'abbé Pierre lance un cri d'alerte qui sera déterminant pour faire comprendre au gouvernement le besoin d'agir de toute urgence, notamment en faveur de tous ces exclus de la politique urbaine qui tentent de survivre dans des bidonvilles situés aux portes de la capitale.

Les documentaires Des logis et des hommes (1958) et La crise du logement (1956) du réalisateur Jean Dewever dénoncent avec virulence des conditions de vie déplorables et cette crise évidente du logement, l'une des plus graves d'Europe.


La naissance d'une politique sociale
Dans l'urgence, des logements économiques, dits LOGECOS, sont créés, essentiellement en banlieue. C'est la fameuse politique des grands ensembles (un grand ensemble correspondant à cinq cents logements), qui s'inscrit dès 1958 dans le programme des ZUP (zones à urbaniser en priorité). En 1969, on compte environ une douzaine de ZUP et une centaine de grands ensembles : les progrès sont donc gigantesques, même si les premières faiblesses du système sont déjà apparentes. On critique l'isolement de ces structures, où la population se sent enclavée, repliée sur elle-même. Ce point de vue est celui de certains habitants de la cité des Courtillères à Pantin, interviewés bien des années plus tard pour le documentaire 33, parc des Courtillières (1997). De leur côté, les architectes défendent l'idée d'une "ville civilisée", où les hommes vivraient en parfaite communion avec l'architecture de leur habitation.

Le documentaire d'Agnès Denis et Mehdi Lallaoui Du bidonville aux HLM (1993) retrace l'évolution de l'habitat social en banlieue parisienne, de l'après-guerre à nos jours. Ponctués de témoignages et accompagnés d'un commentaire retraçant le passage progressif des bidonvilles aux HLM, de nombreux documents d'archives rappellent l'ampleur de la pénurie de logements dans les années 1950, le rôle de l'abbé Pierre dans la prise de conscience du problème des sans-abris et illustrent les différents programmes d'urbanisation qui se sont succédés.

La banlieue proche de Paris arbore un visage qui lui est désormais bien connu, celui de terrains couverts de tours immenses assemblées les unes aux autres, telles qu'on peut les voir dans la banlieue nord, nord-est et sud-est de Paris.


Paris pendant les années soixante
La réhabilitation de différents quartiers
Pendant les années soixante, l'Etat cherche à redorer le blason de Saint-Germain-des-Prés : des immeubles sont restaurés, les rues assainies et désenclavées. Les cafés s'y multiplient et les magasins de luxe s'y installent. Jean Douchet retranscrit l'atmosphère de ce quartier en vogue depuis la fin de la guerre dans un sketch du film Paris vu par... (1965), qui marque l'apogée de la Nouvelle Vague.

Le rénovation du Marais doit beaucoup à André Malraux, alors ministre de la Culture. La loi de 1962 concernant la sauvegarde du patrimoine français lance l'Etat dans une politique de restauration des bâtiments historiques. Le Marais est totalement concerné par ce projet en raison de ses nombreux hôtels particuliers, datant pour la plupart du XVIe siècle. Comme à Saint-Germain-des-Prés, des boutiques de luxe et des restaurants ouvrent, leurs promoteurs comprenant que ce quartier devient un pôle touristique. Le documentaire Le Marais aujourd'hui (1968), réalisé à cette époque dans le cadre du célèbre magazine Dim Dam Dom, propose une promenade nostalgique au coeur de ce quartier.

Le quartier des Halles est également au centre des préoccupations urbanistiques de l'époque. Depuis 1840, le marché central pose un problème aux gouvernements qui n'osent prendre une décision. Si plusieurs projets ont déjà été émis, aucun n'a trouvé de réél écho. On considère cependant qu'une décision doit être prise. Il est alors décidé que le marché sera transféré à Rungis et les abattoirs à La Villette. A la fin des années soixante, un projet est retenu pour la construction d'un centre commercial en souterrain et d'un jardin en surface. Les Halles constitueront aussi un des nœuds de transport les plus importants de la capitale. L'émission télévisée Le ventre de Paris (1965), réalisée peu de temps avant le déménagement des Halles, présente successivement les projets de construction des halles à Rungis, des abattoirs à La Villette et de rénovation du 1er arrondissement.

Les années soixante sont aussi des années décisives pour les quartiers "périphériques". Une grande opération d'urbanisme est engagée à Montparnasse, où la vieille gare est détruite et remplacée par une immense tour de deux cents mètres en 1967. Le documentaire Opération Maine Montparnasse (1966), produit par la SNCF, revient sur les principaux aménagements du quartier. La place d'Italie est également rénovée : des tours immenses sont construites pour contenir des logements.


La construction du périphérique
Paris périph
Le Plan d'aménagement et d'organisation générale de la région parisienne et le Schéma directeur sont adoptés à cette époque. Ces textes prévoient notamment de nouveaux axes de communication et la construction de centres d'affaires et d'équipements. C'est ainsi que le boulevard périphérique sera entrepris. Imaginé dès la fin des années trente, le chantier durera tout au long des années soixante et même quelques années au-delà (le dernier tronçon sera inauguré par le Premier ministre Pierre Messmer en 1973). Aujourd'hui, ses trente-cinq kilomètres de long sont fréquentés chaque jour par un millier de voitures. Plusieurs documentaires reviennent sur ce chantier gigantesque, en particulier Autour du périphérique (1974), un film commandité par la mairie de Paris, et L'ère industrielle (1964), réalisé par Eric Rohmer pour le Centre national de documentation pédagogique.

Plus récemment, Richard Copans a aussi consacré un de ses films à ce boulevard circulaire. A propos de Paris périph (2004), il note : "Raconter le périphérique c’est d’abord raconter l'histoire de l’enceinte militaire construite sur l’initiative de Thiers en 1840, cette enceinte de 400m de large qui fait le tour de Paris. C’est raconter les fortifs et la zone, les HBM de 1924 et les HLM Lafay de 1953.Enfin la construction du périph entre 1959 et 1973.C’est raconter ce no man’s land qui va désormais séparer Paris de sa banlieue.Il était fait pour la guerre ; c’est devenu un lieu de promenade, une ceinture de logements sociaux et enfin une voie majeure de circulation.Une frontière, une limite, une enceinte, le dessin d’une ville finie."


L'évolution de la banlieue
Au début des années soixante, les lignes de transport en commun s'arrêtent encore presque toutes aux portes de la capitale et les communes de banlieue sont mal reliées à Paris et entre elles. Une amélioration du réseau de transports devient nécessaire. En 1961, on décide de la construction d'un Réseau Express Régional (RER), dont le premier tronçon est ouvert en 1969. Le film Station Nation (1969), réalisé pour la RATP, retrace les étapes techniques de la construction de cette station située à l'est de Paris.

Répondant à une demande croisssante du tourisme de masse, l'aéroport international d'Orly est également modernisé à cette époque, tandis que le chantier de celui de Roissy est lancé. Plusieurs films de commande rappellent l'ampleur des travaux de ces aéroports, dont Orly 1964-66. Construction de la tour de contrôle (1966) et Les chantiers de Roissy en France (1971), qui détaille lesimages du terrassement, du drainage deseaux et de la construction de l'ensembledu complexe.

Autre projet gigantesque, celui de la création des "villes nouvelles", à l'image des New Towns anglaises. Les urbanistes français veulent des villes contenant une grande diversité de fonctions, d'emplois et de qualifications. Elles sont imaginées grandes, avec un centre puissant et attirant. Cinq villes sont construites : Evry, Cergy, Melun, Saint-Quentin et Marne-la-Vallée. A travers une émission en trois parties, coproduite par France 3 Ile-de-France, Mehdi Lallaoui évoque la création de ces nouvelles agglomérations (Voyage en villes nouvelles, 1995).


Paris pendant les années soixante-dix
Un nouveau programme urbain
Le centre Georges-Pompidou
Le nouveau président élu, Valéry Giscard d'Estaing, propose très vite un programme destiné à transformer radicalement la politique urbaine. L'importance des espaces verts, la préférence pour la réhabilitation plutôt que la rénovation, la volonté de brider la croissance de la capitale : voilà les principes de base du nouveau programme urbain.

La priorité est notamment donnée à la réhabilitation de bâtiments anciens, comme la gare d'Orsay qui sera transformée en musée du XIXe siècle (La gare dans le musée 1979-1987, 1987). Le Centre Georges-Pompidou, oeuvre des architectes Renzo Piano et Richard Rogers commencée dans les années soixante, est inauguré en 1977. Vingt ans après, Richard Copans retracera les différentes étapes de sa construction dans Le Centre Georges-Pompidou (1997). A proximité, le chantier du quartier des Halles prend de l'ampleur. Il sera suivi de près, de 1971 à 1984, par Joseph Morder (La construction des Halles, 1984). La fiction présente également des images de ce vaste chantier, en particulier La femme de Jean (1974) de Yannick Bellon.

Ces transformations s'inscrivent dans un contexte de spéculation qui chasse de nombreux Parisiens de leurs logements. Véritable appel à la révolte, le documentaire militant de Marie-Geneviève Ripeau et Liliane Korb Histoire d'un crime (1977) est un témoignage desmouvements de rejet, à la fin desannées soixante-dix, de l'évolution de lacapitale.


La politique urbaine à Paris et en banlieue
Autre avancée en terme de politique urbaine, le rétablissement de la fonction de maire de Paris, qui avait disparu depuis 1800. La ville restait en effet soumise à une forte tutelle de l'Etat. L'élection d'un maire unique est une réforme de grande importance. La région Ile-de-France est également créée en 1976 afin de répondre aux problèmes que pourrait négliger un maire trop préoccupé par le Paris intra-muros. Les élections de 1977 sont remportées par Jacques Chirac, nouveau maire de Paris.

De l'autre côté du périphérique, les premières tours du quartier de La Défense, qui deviendra le Manhattan parisien, sont construites. Le but principal est d'installer des bureaux et de prolonger l'axe des Champs-Elysées qui s'étend de la Bastille à la porte Maillot. Plusieurs films produits par l'Etablissement pour l'aménagement de La Défense (EPAD), dont Défense 71, 100 ans après (1971) et Demain hier aujourd'hui (1979), évoquent l'évolution spectaculaire du quartier en quelques décennies.

Paris à la fin des années soixante-dix est une ville modernisée, dont les principaux quartiers ont été réhabilités. La politique en banlieue reste toutefois plutôt timide. Le gouvernement ne cesse de revenir sur des décisions antérieures, surtout en ce qui concerne le transport et le logement. Le film de Jean-Paul Desgoutte Souvenirs de banlieue (1979) décrit les conditions de vie au-delà du périphérique à cette époque. Les vues descités dortoirs et des moyens d'accès àla capitale contribuent à décrire unmonde déshumanisé.


Paris depuis les années quatre-vingt
Les Grands Travaux
1982-1992 : architecture et urbanisme à Paris
S'il est bien un tournant décisif pour la capitale parisienne, ce sont les années quatre-vingt. Dès l'automne 1981, le président François Mitterrand annonce en effet sa volonté d'engager l'Etat dans une politique de grands travaux. Les projets, audacieux, répondent à un véritable questionnement sur la ville et ses fonctions. Les différents chantiers visent une démocratisation de la culture et une architecture accessible à tous et mêlant souvent la modernité au classicisme. 1982-1992 : architecture et urbanisme à Paris (1992), un court film produit par le Forum des images, offre un panorama original de ces dix années de mutation capitales pour la ville.

Parmi les plus importants chantiers lancés à cette époque, la construction de l'opéra Bastille par Carlos Ott, décrite avec minutie par Jean-François Roudot (L'opéra Bastille, 1990-91). Autre grand chantier, l'Institut du monde arabe, conçu notamment par l'architecte JeanNouvel, comprend une immense façade vitrée orientée vers le sud, composée d'un système très ingénieux de diaphragmes tamisant la lumière, comme on peut le voir dans Les diaphragmes de l'IMA (1987).

Aux portes de la ville, la Cité des sciences et de l'industrie construite à l'emplacement des anciens abattoirs de Paris vise à rompre l'isolement du nord-est de la capitale. Dans le cadre de la série Faits d'architecture, le documentaire La Cité des sciences (1999) évoque les choix qui ont présidés à la réalisation du bâtiment et les techniques de construction utilisées. Egalement excentré, le chantier de l'aménagement de La Défense en un quartier d'affaires prend forme peu à peu. La Grande Arche, imaginée par l'architecte Johan-Otto Van Spreckelsen, sera finalisée pour l'année du bicentenaire de la Révolution française par Paul Andreu. De nombreuses images des chantiers, des maquettes originales et du paysageenvironnant sont visibles dans La Grande Arche (1989).

Certaines réalisations passionnent l'opinion publique. Le Grand Louvre est ainsi marqué par un débat autour de la pyramide conçue par Ieoh Ming Pei, un architecte américaind'origine chinoise dont Francis Warin dresse le portrait (Ieoh Ming Pei, 1986). La bataille de la Pyramide (1991) retrace cette histoire mouvementée. De même, l'immense chantier de la Bibliothèque nationale engendrera des discussions passionnées, dont rend compte un film produit par le Forum des images (La Bibliothèque nationale de France, 1998).


Le cri d'alerte de la banlieue
Même si les grands chantiers continuent d'embellir Paris, les problèmes soulevés par l'aménagement de certaines villes de banlieue dans les années soixante deviennent criants de vérité, causant d'ailleurs de nombreux problèmes sociaux. La vétusté des bâtiments, initialement construits pour un temps provisoire, se fait de plus en plus inquiétante. La question des destructions des barres d'immeubles est de plus en plus présente dans les esprits. En 1986, dans la Cité des 4000 à la Courneuve, la barre Debussy est détruite par implosion. Interviewés dans Notes pour Debussy (1987), les locataires évoquent leurs souvenirs, la vie de cette cité HLM depuis sa construction au début des années 1960, la dégradation progressive des locaux et ses conséquences sociales. Nombreux sont les documentaires de la série Saga-cités à mettre également en avant les doutes de la population sur la nécessité de détruire des bâtiments qui représentent une partie de leur passé.

Autre critique plus évidente, celle concernant l'isolement des banlieues et leur manque de confrontation avec les grandes villes, comme on peut le voir à travers le regard de Mathieu Kassovitz qui réalise en 1995 le film de toute une génération : La haine. Cette contestation vient remettre en cause la politique de logement décidée face à l'urgence de la situation des années cinquante. Le manque de prise en compte des problèmes tels que l'isolement, la formation de ghettos ou la pénurie d'équipements met en lumière un système désuet et inapproprié. De nombreux projets restent encore à inventer à Paris et au-delà de ses portes...


Pour en savoir plus
Bibliographie
Paris, histoire d'une ville, XIXe et XXe siècles, Bernard Marchand, Seuil, 1993, coll. Points Histoire
Paris, histoire d'une ville, Jean-Robert Pitte, Hachette, 1993
Histoire et dictionnaire de Paris, Alfred Fierro, Robert Laffont, 1996, coll. Bouquins
"Architecture, décor et cinéma", Guy Hennebelle (dir.), in CinémAction, Corlet/Télérama, 1995
"La ville au cinéma", Thierry Paquot (dir.), in Urbanisme, 2003
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Paris balades

 

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février 2005
mise à jour 1 décembre 2008

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